Avec The Histories, le Musée d’Art Moderne de Paris consacre à Kerry James Marshall sa première grande exposition en France. Près de soixante-dix œuvres, dont huit peintures inédites, révèlent l’ampleur d’un travail qui place les figures noires au cœur de la grande peinture et interroge, avec une remarquable maîtrise, la manière dont s’écrit l’histoire de l’art.
Kerry James Marshall au Musée d’Art Moderne de Paris
C’est l’un des rendez-vous majeurs de la rentrée artistique 2026 à Paris. Du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027, le Musée d’Art Moderne de Paris présente Kerry James Marshall: The Histories, première grande exposition en France consacrée à l’artiste américain.
Né en 1955 à Birmingham, en Alabama, Kerry James Marshall développe depuis plusieurs décennies une œuvre monumentale dans laquelle peinture, histoire et représentation sont intimement liées.
L’exposition réunit près de soixante-dix œuvres, parmi lesquelles huit peintures inédites réalisées spécialement pour le projet. Organisée par la Royal Academy of Arts de Londres en collaboration avec la Kunsthaus Zürich, elle offre une traversée ambitieuse de son travail.
Mais The Histories dépasse largement le principe d’une rétrospective.
Une question traverse l’exposition et, plus largement, toute l’œuvre de Marshall : qui a eu le droit d’occuper le premier plan de l’histoire de la peinture ?
Faire entrer les figures noires au cœur de la grande peinture
Chez Kerry James Marshall, la présence des personnages noirs n’est jamais périphérique. Elle constitue le sujet même de la peinture.
L’artiste reprend les formats, les compositions et les genres qui ont façonné l’histoire de l’art occidental : portrait, scène de genre, paysage, peinture d’histoire, composition monumentale. Mais il en transforme les protagonistes.
Ses figures noires occupent pleinement l’espace du tableau. Elles sont monumentales, souveraines, immédiatement présentes.
Marshall ne cherche pourtant pas simplement à réparer une absence en ajoutant de nouvelles figures à un récit existant. Son ambition est plus profonde : il travaille depuis l’intérieur même de l’histoire de la peinture pour en élargir le récit.
Le quotidien peut alors devenir monumental. Une scène domestique, un jardin, un salon de coiffure ou un moment apparemment ordinaire acquièrent la dignité autrefois réservée aux grands sujets historiques.
Un dialogue permanent avec l’histoire de l’art
L’une des grandes forces de l’exposition The Histories réside dans le dialogue que Kerry James Marshall entretient avec les artistes et les œuvres qui l’ont précédé.
Il ne rejette pas le canon occidental. Il l’étudie, en maîtrise les codes et s’en empare pour construire son propre langage.
Ses tableaux multiplient ainsi les références à l’histoire de la peinture tout en accueillant des éléments issus de la culture populaire et de la vie contemporaine.
Dans School of Beauty, School of Culture, par exemple, les références savantes se mêlent aux codes de la beauté, de la sociabilité et du quotidien. Plusieurs temporalités semblent alors cohabiter dans un même espace pictural.
C’est précisément cette connaissance de la peinture qui donne à l’œuvre de Marshall une partie de sa puissance.
Il ne se place pas à la marge de son histoire : il revendique une place en son centre.
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Cette réflexion sur la représentation passe également par la peinture elle-même.
Chez Kerry James Marshall, le noir n’est jamais uniforme. L’artiste en explore les nuances, les densités et les rapports avec la lumière afin de donner à ses personnages une profondeur picturale singulière.
À distance, certaines silhouettes peuvent sembler presque absorbées par la surface. Puis le regard s’attarde. Les variations apparaissent, les traits se précisent, les vêtements et les visages émergent progressivement.
Cette expérience du regard est fondamentale.
La question de la visibilité devient alors à la fois historique, politique et profondément picturale.
L’œuvre de Kerry James Marshall traverse également certains des épisodes les plus douloureux de l’histoire noire, de l’esclavage aux luttes pour les droits civiques et au Black Power.
Pourtant, la violence n’est pas nécessairement représentée frontalement.
L’artiste travaille davantage sur ses traces, sa mémoire et ses conséquences. L’histoire surgit à travers des signes, des références, des symboles ou des absences.
Le spectateur n’est donc pas placé devant une simple illustration historique. Il doit regarder, identifier, rapprocher les éléments et parfois reconstruire ce que la peinture ne dit pas explicitement.
C’est là que l’œuvre de Marshall prend toute sa complexité : elle donne à voir tout en nous interrogeant sur ce que nous avons appris à regarder.
Le pluriel du titre de l’exposition est essentiel.
The Histories ne raconte pas une histoire, mais plusieurs : celle de la peinture occidentale, celle des États-Unis, celle de la diaspora africaine, celle des luttes et des mémoires collectives, mais également celle de vies ordinaires longtemps peu représentées dans les grands récits artistiques.
À travers cet ensemble, une évidence apparaît : Kerry James Marshall ne cherche pas seulement à introduire de nouveaux personnages dans l’histoire de l’art.
Il interroge la manière dont cette histoire elle-même a été construite.
Présentée au Musée d’Art Moderne de Paris, son œuvre prend une résonance particulière. Elle dialogue avec une ville et des collections profondément associées à l’histoire de la modernité artistique européenne.
Le mouvement est alors double : Marshall regarde l’histoire de l’art, mais ses peintures nous obligent, en retour, à la regarder autrement.
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Une exposition majeure de la rentrée artistique 2026
Avec The Histories, le Musée d’Art Moderne de Paris permet au public français de découvrir toute l’ampleur de l’œuvre de Kerry James Marshall.
La monumentalité de certaines peintures frappe immédiatement. Mais derrière leur puissance visuelle se déploie une réflexion beaucoup plus profonde sur la représentation, la mémoire, la visibilité et la construction des récits.
Marshall ne renonce jamais à l’histoire de la peinture. Au contraire, il en revendique l’héritage et démontre qu’elle peut encore produire de nouvelles images et de nouvelles histoires.
Une exposition qui rappelle que l’histoire de l’art n’est jamais définitivement écrite.
ART MAG consacrera dans son prochain numéro 35 un dossier approfondi à Kerry James Marshall et à l’exposition The Histories.
Informations pratiques
Kerry James Marshall – The Histories Musée d’Art Moderne de Paris 11 avenue du Président-Wilson, 75116 Paris Du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027
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FAQ – Kerry James Marshall à Paris
Où voir l’exposition Kerry James Marshall à Paris ?
L’exposition Kerry James Marshall: The Histories est présentée au Musée d’Art Moderne de Paris, situé avenue du Président-Wilson dans le 16e arrondissement.
Jusqu’à quand peut-on voir l’exposition Kerry James Marshall ?
L’exposition est présentée du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027 au Musée d’Art Moderne de Paris.
Que présente l’exposition « The Histories » ?
The Histories rassemble près de soixante-dix œuvres de Kerry James Marshall, dont huit peintures inédites. L’exposition explore notamment son rapport à l’histoire de l’art, à la représentation des figures noires et aux grands récits historiques.
Qui est Kerry James Marshall ?
Kerry James Marshall est un artiste américain né en 1955 à Birmingham, en Alabama. Son œuvre interroge depuis plusieurs décennies la place des figures noires dans l’histoire de la peinture occidentale, tout en dialoguant avec les grands genres et les traditions de l’histoire de l’ar
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Chez Denis Doistau, la lumière ne se contente pas d’éclairer la peinture. Elle traverse les lignes, révèle les reliefs et devient l’un des matériaux essentiels de l’œuvre. ART MAG consacre un portrait à l’artiste dans son numéro 34.
À première vue, les peintures de Denis Doistau impressionnent par la précision de leur construction. Les lignes structurent l’espace, les couleurs trouvent leur équilibre et le regard semble guidé par une architecture parfaitement maîtrisée.
Mais il suffit de s’approcher pour que cette première impression se transforme.
Les stries captent la lumière, les empâtements interrompent la régularité et les superpositions donnent à la toile une profondeur mouvante. Derrière l’ordre apparent, la matière reste libre, vivante, parfois imprévisible.
Entre construction et liberté
Chaque tableau naît d’une intention précise, d’une esquisse et d’une palette de couleurs soigneusement choisie. Pourtant, Denis Doistau ne cherche pas à tout contrôler.
Une fois devant la toile, l’artiste accepte que la peinture prenne sa propre direction. Le geste, la matière et les accidents viennent alors déplacer l’équilibre initial de la composition.
Cette rencontre entre maîtrise et liberté constitue l’une des singularités de son travail. Elle invite le regard à circuler dans l’œuvre, à suivre une ligne, puis à s’en écarter pour découvrir un relief, une transparence ou une variation lumineuse.
D’une toile à l’autre, la lumière devient présence, passage ou force de transformation. Elle structure l’espace tout en laissant surgir l’inattendu.
Les œuvres de Denis Doistau ne se livrent jamais entièrement au premier regard. Leur construction attire d’abord l’œil, avant que la matière ne vienne progressivement en modifier la perception.
Comment son expérience de designer et d’architecte d’intérieur nourrit-elle aujourd’hui sa peinture ? De quelle manière construit-il cet équilibre entre rigueur et imprévu ? Et pourquoi la lumière occupe-t-elle une place aussi essentielle dans son œuvre ?
Dans le numéro 34 d’ART MAG, découvrez le portrait complet de Denis Doistau, son parcours et les œuvres qui révèlent toute la singularité de sa peinture. Un article à retrouver dans les éditions papier et numérique du magazine.
Vous êtes artiste et souhaitez faire découvrir votre travail à travers une publication éditoriale ?
À chaque numéro, ART MAG International sélectionne des artistes contemporains dont le parcours et la démarche font l’objet d’un article publié en français et en anglais.
La revue est diffusée en France et à l’international auprès d’amateurs d’art, de collectionneurs, de professionnels et d’institutions.
Denis Doistau est un artiste peintre contemporain français. Formé à l’École Camondo, il a d’abord exercé comme designer et architecte d’intérieur avant de développer une œuvre picturale dans laquelle la construction de l’espace, la lumière et la matière occupent une place centrale.
Comment définir la peinture de Denis Doistau ?
Sa peinture associe des compositions structurées à une matière plus libre et mouvante. Les lignes organisent l’espace, tandis que les reliefs, les empâtements et les variations de couleur introduisent une part d’imprévu.
Quelle place la lumière occupe-t-elle dans ses œuvres ?
Chez Denis Doistau, la lumière ne constitue pas un simple effet pictural. Elle guide le regard, révèle les reliefs et participe directement à la construction de l’œuvre.
Quelles sont les techniques utilisées par Denis Doistau ?
Denis Doistau travaille principalement à l’huile. Certaines de ses créations associent également peinture et collages, lui permettant de renforcer les effets de matière, de profondeur et de vibration lumineuse.
Où découvrir le travail de Denis Doistau ?
Denis Doistau présentera une exposition personnelle à l’AAC Galerie, à Amiens, du 1er au 30 octobre 2026. Cette exposition solo permettra de découvrir son travail autour de la lumière, de la matière et de la construction de l’espace. ART MAG lui consacre également le portrait « Construire la lumière » dans son numéro 34, disponible en version papier et numérique.
Photo Alain Machélidon - La Coopérative-Musée Cérès Franco
Le Musée Cérès Franco, à Montolieu, célèbre le centenaire de la galeriste et collectionneuse avec l’exposition « Les aventuriers de l’œil-de-bœuf : 100 artistes en hommage à Cérès Franco ». Après plusieurs années de rénovation, ce lieu devenu Musée de France porte un nouveau regard sur des artistes longtemps restés en marge de l’histoire officielle.
À Montolieu, Village du Livre et des Arts situé dans l’Aude, à une vingtaine de kilomètres de Carcassonne, une ancienne coopérative viticole abrite désormais une collection artistique singulière. Le Musée Cérès Franco y conserve près de 1 750 œuvres réalisées par 323 artistes de 39 nationalités.
Après plusieurs années de travaux, la Coopérative-Musée Cérès Franco a rouvert ses portes le 20 juin 2026. Sa rénovation et l’obtention de l’appellation Musée de France consacrent le parcours d’une femme qui a défendu, pendant plusieurs décennies, des artistes souvent éloignés des circuits dominants.
Cette reconnaissance institutionnelle ne célèbre pas uniquement une collection. Elle met en lumière une certaine manière de regarder l’art : libre, instinctive et affranchie des hiérarchies établies.
Cérès Franco : une galeriste au regard affranchi
Née au Brésil en 1926 et installée à Paris à partir des années 1950, Cérès Franco fut critique d’art, commissaire d’exposition, galeriste et collectionneuse.
Son regard ne se laissait enfermer dans aucune école. Art naïf brésilien et européen, art populaire sud-américain, art brut, créations autodidactes, mouvement CoBrA ou Nouvelle Figuration : sa collection fait dialoguer des formes d’expression que les classifications traditionnelles ont souvent séparées.
Plus qu’une volonté encyclopédique, la collection Cérès Franco révèle une manière intuitive et passionnée de choisir les œuvres. La galeriste s’intéressait à leur puissance expressive, à la place de la figure humaine, à la couleur et à la liberté du geste.
Elle regardait moins la position d’un artiste sur le marché ou dans les institutions que la capacité de son travail à provoquer une émotion. À travers ses choix, Cérès Franco a contribué à rendre visibles des créateurs longtemps maintenus à la périphérie du monde de l’art.
La reconnaissance actuelle de sa collection pose ainsi une question essentielle : comment se construit l’histoire de l’art et qui décide des œuvres appelées à rejoindre le patrimoine collectif ?
Le Musée Cérès Franco, un lieu culturel au cœur de Montolieu
Installé depuis 2015 dans une ancienne coopérative viticole, le Musée Cérès Franco a bénéficié d’une rénovation complète conduite par l’agence d’architecture Passelac & Roques, sous la maîtrise d’ouvrage de la Région Occitanie.
Le projet conserve la mémoire industrielle du bâtiment tout en l’adaptant aux exigences d’un musée contemporain. Sur une surface totale d’environ 1 250 m², l’établissement propose désormais 650 m² d’espaces d’exposition, soit le double de sa superficie initiale.
Le musée dispose également de réserves répondant aux normes de conservation, d’espaces pédagogiques et d’un centre de documentation destiné au public comme aux chercheurs.
Cette transformation dépasse la seule rénovation architecturale. Elle affirme la possibilité de préserver et de faire rayonner une collection d’envergure nationale depuis un territoire rural. À Montolieu, la culture n’est pas pensée comme un privilège réservé aux grandes métropoles, mais comme un espace de découverte, de recherche et de transmission accessible à tous.
« Les aventuriers de l’œil-de-bœuf », l’exposition du centenaire
Pour célébrer les cent ans de la naissance de Cérès Franco, les dix ans du musée et sa réouverture, l’institution présente l’exposition « Les aventuriers de l’œil-de-bœuf : 100 artistes en hommage à Cérès Franco ».
L’exposition revient sur une initiative fondatrice lancée par Cérès Franco en 1962. Elle propose alors à plusieurs artistes de délaisser le traditionnel tableau rectangulaire pour créer librement sur un support rond ou ovale, baptisé « œil-de-bœuf ».
Cette contrainte volontairement simple transforme la manière de composer une œuvre. Le format circulaire abolit les repères habituels, déplace le regard et oblige les artistes à repenser les limites mêmes du tableau.
L’initiative donnera naissance à plusieurs expositions internationales et réunira, au fil du temps, près de 250 créations. À Montolieu, le parcours présente environ 150 œuvres historiques, archives et créations contemporaines.
Sonia Delaunay, Niki de Saint Phalle, Jacques Monory, Mimmo Rotella et Corneille figurent notamment parmi les artistes représentés.
Au-delà de la diversité des signatures, « Les aventuriers de l’œil-de-bœuf » restitue une manière singulière d’envisager le commissariat d’exposition. Cérès Franco ne cherchait pas à réunir les artistes autour d’une doctrine esthétique. Elle leur proposait un terrain d’expérimentation commun, suffisamment précis pour stimuler la création, mais assez ouvert pour préserver la singularité de chacun.
L’exposition rend ainsi hommage à une femme qui n’a cessé de faire dialoguer les artistes, les générations et les cultures.
Une collection de 1 750 œuvres à préserver
La réouverture du Musée Cérès Franco s’accompagne d’un important travail scientifique engagé depuis 2023. Les équipes ont procédé au récolement des quelque 1 750 œuvres afin de documenter leur état, leur provenance et leurs éventuels besoins de restauration.
Une opération d’anoxie a notamment été organisée pour traiter les œuvres touchées par des insectes nuisibles. Cette technique consiste à placer les pièces dans un environnement hermétique privé d’oxygène, sans utiliser de produits susceptibles d’altérer les matériaux.
En parallèle, le musée poursuit la documentation et la numérisation de la collection. Le centre de ressources est destiné à accueillir les archives de Cérès Franco et les informations relatives aux œuvres afin de les rendre progressivement accessibles au public et aux chercheurs.
Ce chantier, moins visible qu’une exposition, reste essentiel. Il transforme une collection née d’une aventure personnelle en un patrimoine durablement conservé, étudié et transmis aux générations futures.
Quand les artistes en marge entrent au musée
La renaissance du Musée Cérès Franco raconte finalement une histoire de reconnaissance. Celle d’œuvres choisies en dehors des hiérarchies établies et désormais accueillies dans une institution bénéficiant de l’appellation Musée de France.
Elle rappelle également qu’une collection n’est jamais neutre. Elle porte une vision du monde, des engagements et parfois des refus. En choisissant les artistes pour l’intensité de leur travail plutôt que pour leur position dans les institutions, Cérès Franco a constitué un ensemble profondément personnel et résolument international.
Un siècle après sa naissance, son regard conserve toute sa force. Il invite à reconsidérer les frontières entre art savant et art populaire, entre artistes consacrés et créateurs demeurés dans l’ombre.
À Montolieu, les marges ne sont plus reléguées à la périphérie de l’histoire de l’art : elles sont devenues le cœur du musée.
Informations pratiques
Les aventuriers de l’œil-de-bœuf : 100 artistes en hommage à Cérès Franco Jusqu’au début du mois de janvier 2027
Du 31 octobre 2026 au 12 avril 2027, le Centre Pompidou-Metz consacre à Séraphine Louis (1864–1942), dite Séraphine de Senlis, la première véritable exposition monographique d’envergure internationale jamais dédiée à cette figure singulière de l’art moderne.
Visionnaire autodidacte, mystique et inclassable, Séraphine apparaît aujourd’hui comme une artiste profondément contemporaine, dont l’œuvre anticipe les questionnements actuels autour du vivant, du spirituel et de l’écologie .
Une peinture nourrie par la nature et la ferveur
La peinture de Séraphine de Senlis transforme la nature en un espace de puissance et de révélation, à travers des compositions denses où le végétal paraît animé d’une énergie intérieure.
Ses œuvres ne décrivent pas la nature : elles la transfigurent. Chaque toile devient un territoire tellurique et surnaturel, où la couleur agit comme une force de sublimation et de prière.
Une matérialité picturale incantatoire
Séraphine élaborait elle-même ses pigments à partir de matériaux modestes : ripolin, huiles, vernis et pigments organiques glanés dans son environnement.
Séraphine de Senlis, L’ Arbre du paradis, [vers 1929 – 1930]
Des analyses récentes ont révélé la complexité de ces mélanges, témoignant d’un savoir empirique remarquable.
Cette alchimie confère à ses tableaux une brillance intense, une profondeur de matière et une vibration chromatique qui participent de leur dimension presque incantatoire. La peinture devient acte physique, rituel et spirituel à la fois.
Entre mystique chrétienne et botanique visionnaire
Orpheline et issue d’un milieu modeste, Séraphine Louis développe au couvent une foi ardente qui imprègne toute son œuvre.
À Senlis, la proximité de la cathédrale gothique, de ses vitraux et de sa verticalité lumineuse influence profondément son imaginaire.
Séraphine de Senlis, Les Fruits, vers 1928
Nourrie par la botanique, l’art textile et l’architecture sacrée, sa peinture instaure un dialogue constant entre matière et invisible. La nature devient un sanctuaire, un lieu de passage entre le monde tangible et l’au-delà.
Une reconnaissance tardive et une œuvre inclassable
Découverte en 1912 par le collectionneur Wilhelm Uhde, soutien du Douanier Rousseau et de Picasso, Séraphine connaît une reconnaissance brève dans les années 1920.
Elle est alors associée aux artistes dits « primitifs modernes », dont elle demeure l’unique femme, tout en échappant à toute véritable classification.
Internée à partir de 1932 jusqu’à sa mort en 1942, son œuvre continue néanmoins d’être exposée.
Dès 1937, ses tableaux entrent dans de grandes collections internationales, de Paris à New York. Une première monographie lui est consacrée dès 1945.
Une exposition majeure au Centre Pompidou-Metz
L’exposition du Centre Pompidou-Metz réunit un ensemble exceptionnel de peintures, permettant de retracer l’évolution de son langage plastique.
Des compositions initialement fragiles et flottantes émergent progressivement des œuvres monumentales, animées de mouvements tourbillonnants, de motifs obsessionnels et de couleurs irradiantes.
Feuilles hérissées, corolles étincelantes, rameaux tortueux et formes ponctuées d’yeux étranges composent une botanique surnaturelle, à la fois tellurique et cosmique, qui continue de fasciner par sa puissance métamorphique.
Séraphine de Senlis, une artiste plus actuelle que jamais
À l’heure où les liens entre art, écologie et spiritualité sont réinterrogés, Séraphine de Senlis apparaît comme une figure précurseure.
Son œuvre incarne une relation organique au monde, fondée sur l’attention au vivant, la modestie des moyens et la puissance du sacré.
Elle ne peint pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’il vibre, respire et se transforme.
KANAL–Centre Pompidou ouvrira ses portes à Bruxelles le 28 novembre 2026. Pour inaugurer cet ancien garage Citroën métamorphosé en musée, l’institution déploiera dix expositions consacrées à l’art moderne et contemporain, à l’architecture, à la mémoire coloniale et aux enjeux politiques de notre époque. De la grande exposition A truly immense journey aux installations d’Otobong Nkanga, Banu Cennetoğlu, Joëlle Tuerlinckx ou Joshua Serafin, ART MAG présente les rendez-vous à retenir.
L’ouverture de KANAL–Centre Pompidou se précise. Installé dans l’ancien garage Citroën, au bord du canal de Bruxelles, le nouveau musée accueillera ses premiers visiteurs le 28 novembre 2026.
Pour son inauguration, KANAL n’a pas choisi de concentrer toute l’attention sur une seule exposition événement. L’institution proposera dix projets complémentaires : neuf expositions portées par KANAL et une grande exposition consacrée à l’architecture.
Cette programmation fera dialoguer les collections du Centre Pompidou avec la scène artistique belge et internationale, tout en accordant une place importante à l’histoire de Bruxelles, à son passé industriel et colonial ainsi qu’aux débats qui traversent aujourd’hui la société.
Si A truly immense journey devrait s’imposer comme le grand rendez-vous de cette ouverture par son ampleur et le nombre d’œuvres réunies, les projets d’Otobong Nkanga et de Banu Cennetoğlu pourraient compter parmi les propositions les plus marquantes, par leur dimension collective et politique.
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Jane Graverol, L’Afrique inconnue – La Mythologie comparée, 1958. Collection Mu.ZEE, Ostende – Collection de la Communauté flamande. Photo : Steven Decroos.
A truly immense journey : plus de 350 œuvres réunies à Bruxelles
Avec plus de 350 œuvres, A truly immense journey constitue l’exposition phare de l’ouverture de KANAL. La majorité des pièces provient des collections du Centre Pompidou, auxquelles s’ajoutent des œuvres appartenant à KANAL ainsi qu’à plusieurs collections publiques et privées belges.
Le parcours réunira des figures majeures de l’art moderne, parmi lesquelles Lygia Clark, Sonia Delaunay, Henri Matisse, Wifredo Lam, Pablo Picasso et Alberto Giacometti. Leurs œuvres dialogueront avec celles d’artistes contemporains issus de la scène bruxelloise et internationale, comme Sammy Baloji, Edith Dekyndt, Aglaia Konrad et Hana Miletić.
L’exposition ne proposera toutefois pas une histoire chronologique et conventionnelle de l’art. Elle explorera plutôt la circulation des personnes, des idées et des pratiques artistiques depuis les années 1900 jusqu’à aujourd’hui. Les migrations, les déplacements des formes et les héritages coloniaux constitueront plusieurs des fils conducteurs de ce voyage à travers les collections.
A truly immense journey inaugurera également un cycle d’expositions de longue durée permettant de découvrir à Bruxelles une sélection régulièrement renouvelée d’œuvres du Centre Pompidou.
Du 28 novembre 2026 au 10 janvier 2028.
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BarbBarbara Walker, An Infinite Woman, portrait intime évoquant la transmission, le soin et les liens entre les générations.
An infinite woman : revisiter l’histoire coloniale de Citroën
Cette exposition entretient une relation directe avec l’histoire du bâtiment qui abrite aujourd’hui KANAL.
En 1925, le portrait d’une femme Mangbetu, originaire du nord-est du Congo, devient l’un des emblèmes de la Croisière Noire, une expédition coloniale organisée par Citroën à travers le continent africain. Quelques années plus tard, le constructeur automobile fait édifier à Bruxelles le monumental garage désormais transformé en musée.
Intitulée An infinite woman – Black archives in two acts, l’exposition revient sur la création et la circulation de cette imagerie coloniale. Elle montre également comment des artistes afro-descendants se sont réapproprié ces représentations pour les interroger, les déplacer et leur opposer de nouveaux récits.
Les œuvres de Raphaël Barontini, Sonia Barrett, Roméo Mivekannin, Faith Ringgold, Carrie Mae Weems, Frida Orupabo et Barbara Walker permettront notamment d’aborder les questions de représentation, de mémoire et de transmission.
Plus qu’un retour historique, l’exposition confrontera directement le nouveau musée aux zones d’ombre du bâtiment dont il a hérité.
Du 28 novembre 2026 au 26 avril 2027.
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our inaugurer KANAL, Joëlle Tuerlinckx a choisi l’un des espaces les plus singuliers du musée : une salle située au niveau de ses fondations.
Après avoir observé pendant plusieurs années la transformation de l’ancien garage Citroën, l’artiste belge imagine une installation composée de lumière, de sons, de voix et de traces laissées par le chantier. Ces différents éléments viendront modifier la manière dont le visiteur perçoit et traverse le lieu.
Intitulée La première fois, l’œuvre s’inscrit dans une pratique développée depuis les années 1980, au sein de laquelle Joëlle Tuerlinckx interroge les relations entre le temps, l’espace et la perception.
Plutôt qu’un objet à contempler, l’artiste propose une expérience attentive du bâtiment et de ce qui demeure de ses transformations successives.
Du 28 novembre 2026 au 29 mars 2027.
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Manon de Boer, Blindsight, installation sonore associant un haut-parleur sculptural et de longues bandes de tissu orange.
Manon de Boer à KANAL : écouter plutôt que regarder
Avec Blindsight, Manon de Boer invite le visiteur à ralentir et à accorder au son toute son attention.
Développée avec la chorégraphe Latifa Laâbissi et le concepteur sonore Laszlo Umbreit, l’installation renverse la hiérarchie habituelle entre l’image et l’écoute. Installé dans un fauteuil de cinéma, le public découvre un paysage sonore diffusé par différents dispositifs, dont des haut-parleurs dissimulés dans des vases.
Cette proposition sensorielle prolonge les recherches de Manon de Boer autour du cinéma, de la musique et de la danse. Elle questionne également notre rapport à la durée, dans un environnement culturel souvent dominé par la vitesse et la multiplication des images.
Du 28 novembre 2026 au 29 mars 2027.
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Joshua Serafin, Creation Paradigm, installation vidéo à trois écrans, présentée à l’Amant Foundation.
Joshua Serafin : le corps entre migration, mémoire et identité
Pour l’ouverture de KANAL, Joshua Serafin présentera Whispering pleas of the eternal echoes, une installation vidéo spécialement conçue pour le musée.
Entre les Philippines et la Belgique, l’artiste mettra en relation plusieurs générations et différents récits afin d’explorer les questions d’origine, de migration et d’appartenance.
À la croisée de la chorégraphie, du cinéma, de l’installation, de la sculpture et du son, la pratique de Joshua Serafin considère le corps comme un territoire en constante transformation. Il devient à la fois le lieu où s’inscrivent les héritages familiaux et collectifs, et celui depuis lequel de nouvelles identités peuvent se construire.
L’installation devrait offrir l’une des propositions les plus physiques et immersives de cette programmation inaugurale.
Du 28 novembre 2026 au 29 mars 2027.
Clémentine Deliss, Département des Pièges, diagramme de recherche réunissant images d’archives, objets ethnographiques et annotations manuscrites.
Département des Pièges : onze musées bruxellois réunissent leurs collections
Le titre de l’exposition fait écho au célèbre Département des Aigles imaginé par Marcel Broodthaers.
Avec Département des Pièges – Metabolic Museum-University, la curatrice Clémentine Deliss réunit objets historiques, tableaux et créations contemporaines autour des notions de piège, de leurre et de trompe-l’œil.
La singularité du projet réside notamment dans l’origine des pièces présentées. Onze musées bruxellois participent à l’exposition, parmi lesquels l’AfricaMuseum, le Design Museum Brussels, le Musée Horta et le Musée d’Ixelles.
Leurs collections dialogueront avec les œuvres contemporaines de Guillaume Bijl, Kasper Bosmans, Aline Bouvy, Pélagie Gbaguidi, Otobong Nkanga et Valérie Mannaerts.
Au-delà du jeu visuel suggéré par son titre, l’exposition questionnera les manières de classer, d’interpréter et de présenter les objets au sein des institutions muséales.
Du 28 novembre 2026 au 31 mai 2027.
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Les artistes de No Show, photographiés par Sepideh Farvardin dans une salle de spectacle
NO SHOW : un musée doit-il nécessairement divertir ?
eut-on encore exposer sans céder aux logiques du spectacle ? C’est la question posée par Deborah Bowmann, Maoupa Mazzocchetti et une vingtaine d’artistes bruxellois invités à investir cinq espaces de KANAL.
Art, lumière, son et performance composeront un parcours brouillant volontairement les frontières entre exposition et spectacle, entre réalité et fiction.
Cette interrogation prend une résonance particulière dans un musée aux dimensions monumentales, appelé à devenir l’un des nouveaux pôles culturels majeurs de Bruxelles. Comment attirer un large public sans transformer l’expérience artistique en simple divertissement ? Et comment conserver une place pour l’expérimentation dans une institution soumise à de fortes attentes en matière de fréquentation ?
Derrière son apparente légèreté, NO SHOW pourrait ainsi constituer l’une des propositions les plus critiques de l’ouverture.
Du 28 novembre 2026 au 18 janvier 2027.
Banu Cennetoğlu à KANAL : la fragilité des droits humains mise en scène
Avec right?, Banu Cennetoğlu transforme les trente articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en bouquets de lettres-ballons dorées.
À l’occasion de l’ouverture de KANAL, les trente articles seront présentés simultanément pour la première fois. L’œuvre est cependant conçue pour se transformer au fil du temps. Les ballons se dégonfleront progressivement, leur surface perdra son éclat et les lettres finiront par se déformer.
La matérialité fragile et presque festive de l’installation contraste avec la gravité de son sujet. Elle rappelle que les droits fondamentaux, même lorsqu’ils semblent universellement reconnus, peuvent s’affaiblir lorsqu’ils ne sont plus défendus.
Présentée à Bruxelles, au cœur des institutions européennes, l’œuvre acquiert une portée politique particulièrement forte.
Du 28 novembre 2026 au 24 mai 2027.
Otobong Nkanga. Awaiting Pleasure—The Workstation, 2003-2004, (detail). Variable size. Photo by Ami Weic kaane Sarr
Otobong Nkanga à KANAL : une œuvre collective en perpétuelle construction
Otobong Nkanga transformera l’un des grands espaces ouverts de KANAL en un lieu de rencontre, de transmission et de création collective.
Autour de métiers à tisser en bois, des participants spécialement formés travailleront ensemble à la réalisation d’une œuvre appelée à évoluer pendant toute la durée de l’exposition. Les fils s’entremêleront comme les expériences, les gestes et les récits des personnes prenant part au projet.
Le tissage devient ainsi un outil permettant à l’artiste d’interroger le travail, l’utilisation des ressources, les savoir-faire et les responsabilités sociales d’une institution culturelle.
En plaçant l’action collective au cœur du musée, Otobong Nkanga dépasse la séparation habituelle entre les artistes, les œuvres et le public. Son projet pourrait devenir l’un des espaces les plus vivants et les plus accessibles de KANAL.
L’accès à cette installation sera gratuit.
Du 28 novembre 2026 au 19 avril 2027.
Right to the City, Right to the Future, projet architectural et espace de baignade temporaire aménagé au bord du canal à Bruxelles.
Right to the City – Right to the Future : penser Bruxelles par l’architecture
L’architecture constitue le dixième volet de la programmation inaugurale.
Portée par KANAL Architecture, Right to the City – Right to the Future mettra en relation l’histoire des quartiers environnants avec plusieurs enjeux contemporains : la crise climatique, la circularité, le genre et les héritages du colonialisme.
L’exposition associera des documents issus des collections historiques du CIVA à de nouvelles recherches et à huit commandes contemporaines. Elle sera prolongée par un programme d’environ cinquante événements, ainsi que par des ateliers destinés à différents publics.
Plus qu’une présentation de projets architecturaux, l’exposition envisage la ville comme un espace politique partagé. Elle pose notamment la question de la participation des habitants à la transformation de Bruxelles et de leur droit à imaginer son avenir.
Du 28 novembre 2026 au 14 mars 2027.
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Quelles expositions voir en priorité à KANAL–Centre Pompidou ?
Avec ces dix propositions, KANAL ne cherche pas uniquement à montrer l’étendue de ses nouveaux espaces ou la richesse des collections du Centre Pompidou. Le musée affirme d’emblée une identité propre, étroitement liée à Bruxelles, à son histoire industrielle et coloniale ainsi qu’aux débats politiques et sociaux contemporains.
Par son ampleur, A truly immense journey devrait naturellement attirer le plus grand nombre. Elle constituera le meilleur point de départ pour découvrir le musée et comprendre le dialogue que KANAL souhaite établir entre les collections modernes et la création contemporaine.
Les visiteurs intéressés par l’histoire coloniale pourront ensuite privilégier An infinite woman, tandis que les installations de Banu Cennetoğlu et d’Otobong Nkanga devraient offrir deux des expériences les plus engagées de l’ouverture. Les propositions de Joëlle Tuerlinckx et de Manon de Boer, plus expérimentales, permettront quant à elles d’aborder autrement l’architecture, le temps et la perception.
À partir du 28 novembre 2026, KANAL devra relever un double défi : devenir une destination culturelle internationale tout en conservant un ancrage véritablement bruxellois. Sa programmation inaugurale montre déjà que le nouveau musée entend être davantage qu’un simple prolongement du Centre Pompidou.
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Quand ouvre KANAL–Centre Pompidou à Bruxelles ?
KANAL ouvrira au public le 28 novembre 2026. Le programme inaugural comprendra neuf expositions de KANAL et l’exposition d’ouverture de KANAL Architecture, soit dix expositions.
Quelles expositions voir à l’ouverture de KANAL ?
Parmi les temps forts figurent A truly immense journey, An infinite woman, La première fois de Joëlle Tuerlinckx, Blindsight de Manon de Boer, right? de Banu Cennetoğlu ainsi que les projets de Joshua Serafin et Otobong Nkanga.
Quelle exposition présentera les collections du Centre Pompidou ?
A truly immense journey rassemble plus de 350 œuvres provenant majoritairement du Centre Pompidou, complétées par des œuvres de KANAL et de collections publiques et privées belges.
Jusqu’à quand pourra-t-on voir A truly immense journey ?
L’exposition sera présentée du 28 novembre 2026 au 10 janvier 2028, ce qui en fait l’une des propositions de longue durée de KANAL
La Tapisserie de Bayeux ouvre au public le 10 septembre 2026 au British Museum, à Londres. Avant même l’inauguration, l’exposition a déjà généré environ 2,5 millions de livres sterling de recettes de billetterie et plus d’un million de visiteurs sont attendus. Derrière ce succès spectaculaire se dessine un phénomène plus large : comment une seule œuvre peut-elle devenir à la fois événement culturel, moteur économique et instrument diplomatique ?
La Tapisserie de Bayeux crée l’événement au British Museum
Près de mille ans après sa création, la Tapisserie de Bayeux traverse de nouveau la Manche.
À partir du 10 septembre 2026, le British Museum présente à Londres cette œuvre monumentale relatant les événements qui conduisirent à la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant et à la bataille d’Hastings en 1066.
Longue d’environ 70 mètres, cette broderie du XIe siècle constitue l’un des témoignages les plus célèbres du Moyen Âge européen. Classée monument historique depuis 1842 et inscrite au registre Mémoire du Monde de l’UNESCO depuis 2007, elle appartient à l’État français et est habituellement conservée au musée de la Tapisserie de Bayeux, actuellement fermé pour rénovation.
Son arrivée à Londres possède une portée particulière : l’œuvre est présentée au Royaume-Uni pour la première fois depuis près de mille ans.
Mais avant même que les visiteurs ne puissent la découvrir, l’exposition est devenue un phénomène de fréquentation.
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2,5 millions de livres avant même l’ouverture
L’ouverture de la billetterie a donné la mesure de l’attente.
Lors de la mise en vente des premiers billets, le 1er juillet, des dizaines de milliers de personnes se sont connectées au site du British Museum. La file d’attente numérique a dépassé les 80 000 personnes, tandis que le trafic du site atteignait plusieurs fois son niveau quotidien habituel.
Résultat : environ 2,5 millions de livres sterling de recettes de billetterie ont été générées avant même l’ouverture de l’exposition.
Selon Reuters, il s’agit déjà de l’exposition la plus vendue de l’histoire du British Museum. Plus d’un million de visiteurs sont attendus avant sa fermeture en juillet 2027.
Ces chiffres sont spectaculaires. Mais ils racontent surtout quelque chose de nouveau : une seule œuvre peut désormais produire l’effet habituellement associé aux grandes rétrospectives consacrées aux artistes les plus célèbres.
La Tapisserie de Bayeux devient ainsi un véritable cas d’étude de l’économie des expositions blockbuster.
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Quand une seule œuvre devient une destination
Les grandes expositions internationales reposent généralement sur une accumulation de chefs-d’œuvre : rétrospectives, collections exceptionnelles ou confrontations entre artistes.
Ici, le modèle est inversé.
Une seule œuvre constitue l’événement.
Sa rareté explique en partie cette puissance d’attraction. La Tapisserie de Bayeux ne voyage pratiquement jamais. Selon le ministère français de la Culture, elle n’avait quitté la Normandie qu’à deux reprises, en 1804 et en 1944, avant son transfert à Londres en juillet 2026.
À cette rareté s’ajoute une histoire profondément liée au Royaume-Uni. La broderie raconte la conquête normande de l’Angleterre et la bataille d’Hastings, l’un des épisodes fondateurs de l’histoire britannique.
Voir la Tapisserie à Londres ne revient donc pas simplement à visiter une exposition. L’événement possède la force symbolique d’un retour.
Rareté, histoire, caractère exceptionnel du déplacement et puissance symbolique se combinent pour produire un phénomène particulièrement recherché par les grandes institutions culturelles : faire du musée une destination en soi.
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Déplacer l’irremplaçable : le coût invisible du blockbuster
Les 2,5 millions de livres déjà enregistrés peuvent donner l’image d’une opération extrêmement lucrative. La réalité économique est plus complexe.
Une recette de billetterie n’est pas un bénéfice.
Faire voyager une œuvre vieille de près de mille ans suppose une infrastructure technique, scientifique et sécuritaire considérable.
Le transfert vers Londres a nécessité plus d’un an de préparation entre les autorités françaises, le British Museum, les institutions patrimoniales et les professionnels spécialisés.
La Tapisserie a voyagé dans une caisse climatisée et antivibratoire conçue sur mesure, sous haute surveillance et avec des protocoles de conservation particulièrement stricts.
Son installation nécessite également une scénographie adaptée à sa fragilité et à ses dimensions exceptionnelles. Au British Museum, elle est présentée sur toute sa longueur dans un dispositif spécialement conçu pour assurer sa conservation tout en permettant sa découverte par un public considérable.
Transport spécialisé, sécurité, conservation préventive, équipements techniques, scénographie, équipes scientifiques, personnel d’accueil et communication : derrière une exposition blockbuster se cache une économie beaucoup plus complexe que le seul chiffre de la billetterie.
Le directeur du British Museum, Nicholas Cullinan, a d’ailleurs indiqué que l’exposition représentait un investissement important pour l’institution et que les recettes de billetterie permettraient d’en absorber une partie.
C’est une distinction fondamentale : les 2,5 millions de livres annoncés correspondent à des recettes, et non au bénéfice réalisé par le musée.
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Ce qu’une exposition blockbuster rapporte réellement à un musée
La billetterie n’est pourtant qu’une partie de l’équation.
Une exposition capable d’attirer plusieurs centaines de milliers de visiteurs peut avoir des effets économiques indirects importants : fréquentation des boutiques, restauration, adhésions au musée, produits dérivés ou encore augmentation de la visibilité internationale de l’institution.
Il convient de distinguer ces mécanismes généraux des résultats financiers propres à l’exposition de la Tapisserie, qui ne sont pas encore connus.
Mais l’enjeu dépasse les recettes immédiates.
Dans un environnement culturel international extrêmement concurrentiel, la fréquentation est devenue un indicateur stratégique. Les grandes institutions doivent conserver, rechercher et transmettre, mais elles doivent aussi attirer de nouveaux publics, développer leurs ressources propres et maintenir leur rayonnement international.
L’exposition événement joue alors un rôle essentiel.
Vermeer au Rijksmuseum, Léonard de Vinci au Louvre ou les grandes rétrospectives consacrées à Van Gogh, Picasso ou David Hockney ont montré la capacité de certains noms à provoquer des déplacements internationaux.
La Tapisserie de Bayeux pousse cette logique encore plus loin : ce n’est plus un artiste qui crée l’événement, mais une œuvre unique.
Un prêt exceptionnel au cœur de la diplomatie franco-britannique
L’économie n’explique cependant pas tout.
Le déplacement de la Tapisserie s’inscrit également dans une opération de diplomatie culturelle entre la France et le Royaume-Uni.
Le prêt a été annoncé dans le cadre du 37e sommet franco-britannique de juillet 2025. En contrepartie, le British Museum doit prêter plusieurs œuvres majeures à des institutions françaises, notamment des pièces du trésor anglo-saxon de Sutton Hoo, ainsi que des pièces de l’échiquier de Lewis.
Le 2 septembre 2026, Emmanuel Macron et le roi Charles III ont découvert ensemble l’exposition avant son ouverture au public.
L’image résume à elle seule la dimension politique de l’événement.
Une œuvre racontant la conquête de l’Angleterre par les Normands devient, près de mille ans plus tard, un symbole de coopération entre les deux pays.
Le patrimoine agit ici comme un instrument de soft power : prêter un chef-d’œuvre revient aussi à créer un geste diplomatique dont la portée médiatique dépasse largement les murs du musée.
Transport, assurance, sécurité : ce que cache le prêt d’un chef-d’œuvre
Le cas de la Tapisserie de Bayeux rappelle également la complexité des grands prêts internationaux.
Avant qu’une œuvre puisse quitter une collection, plusieurs questions doivent être résolues : son état permet-il le transport ? Dans quelles conditions doit-elle voyager ? Comment assurer sa sécurité ? Qui assume le risque financier en cas de dommage ? Quelles conditions climatiques doivent être maintenues pendant le transport et l’exposition ?
Pour les œuvres patrimoniales d’une importance exceptionnelle, ces enjeux peuvent mobiliser conservateurs, restaurateurs, régisseurs, transporteurs spécialisés, assureurs et autorités publiques.
La valeur financière d’une œuvre n’est d’ailleurs pas toujours le meilleur indicateur de cette complexité.
Comment déterminer la valeur réelle d’un objet considéré comme irremplaçable ?
C’est précisément là que le prêt muséal se distingue du marché de l’art. Une œuvre peut être juridiquement et patrimonialement hors marché tout en représentant un risque économique considérable lorsqu’elle voyage.
L’exposition londonienne permet ainsi de rendre visible toute une économie généralement invisible pour le visiteur.
Une œuvre sans prix peut produire une valeur économique considérable
Le marché de l’art nous a habitués à mesurer la valeur par les adjudications.
10 millions. 50 millions. 100 millions d’euros.
La Tapisserie de Bayeux appartient à une autre économie.
Elle n’est pas à vendre et sa valeur patrimoniale ne peut être réduite à une estimation de marché. Pourtant, son déplacement suffit à générer plusieurs millions de livres de billetterie avant même que l’exposition n’ouvre ses portes.
Le paradoxe est révélateur.
Une œuvre peut ne pas avoir de prix de marché et posséder néanmoins une puissance économique considérable.
Cette valeur réside dans sa capacité à attirer des visiteurs, provoquer un déplacement international, générer des recettes, produire une couverture médiatique mondiale et renforcer le rayonnement d’une institution.
Elle ne se mesure plus seulement en monnaie, mais aussi en fréquentation, en visibilité et en influence.
La Tapisserie de Bayeux, laboratoire de l’économie muséale
L’exposition du British Museum dépasse donc largement le cadre d’un événement patrimonial.
Elle concentre presque toutes les problématiques auxquelles sont confrontées les grandes institutions culturelles contemporaines : conservation et circulation des chefs-d’œuvre, financement des expositions, attractivité internationale, diplomatie culturelle et développement des publics.
La Tapisserie de Bayeux devient simultanément chef-d’œuvre, événement, destination et instrument diplomatique.
Son succès rappelle surtout qu’il existe plusieurs manières de mesurer la valeur d’une œuvre.
Sur le marché, elle peut se traduire par un prix.
Dans un musée, elle peut se mesurer autrement : par sa capacité à transmettre une histoire, à mobiliser des institutions, à rapprocher des États et à faire venir des centaines de milliers de personnes devant elle.
Près de mille ans après sa création, la Tapisserie de Bayeux continue ainsi de produire de la valeur — historique, symbolique, politique et désormais économique.
Car la puissance économique d’une œuvre ne se mesure pas nécessairement à son prix, mais aussi au nombre de regards qu’elle est capable de déplacer.
Tapisserie de Bayeux au British Museum : informations pratiques
Exposition :The Bayeux Tapestry Lieu :British Museum, Londres Ouverture au public : 10 septembre 2026 Fermeture : juillet 2027 Œuvre : Tapisserie de Bayeux, XIe siècle Longueur : environ 70 mètres Visiteurs attendus : plus d’un million Billetterie : environ 2,5 millions de livres sterling générés lors de la première phase de vente.
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La rentrée des galeries parisiennes 2026 s’ouvre avec une programmation qui mêle grandes figures de l’art contemporain, nouvelles générations et réflexion sur le rôle même des galeries. De David Zwirner et l’héritage d’Yvon Lambert à Annette Messager chez Marian Goodman, Jennifer Guidi chez Gagosian, Pierre Bellot chez Art : Concept, Emma Prempeh chez Perrotin et Clément Cogitore chez Nathalie Obadia, ART MAG a sélectionné six expositions qui donnent le ton de la saison artistique à Paris.
Septembre est un mois particulier dans le calendrier de l’art contemporain à Paris.
Après la pause estivale, les galeries rouvrent leurs portes, dévoilent leurs nouvelles expositions et réactivent leurs relations avec artistes, collectionneurs, institutions et professionnels du marché de l’art.
Cette rentrée intervient surtout quelques semaines avant l’accélération du calendrier international et Art Basel Paris, qui replacera la capitale au centre du marché de l’art en octobre.
Mais avant les foires et leurs centaines d’exposants, septembre offre une autre manière d’observer la scène artistique : entrer dans les galeries et regarder les choix qu’elles font pour ouvrir leur saison.
Ces choix ne sont jamais totalement anodins.
Ils révèlent les artistes qu’une galerie souhaite défendre, les nouvelles orientations qu’elle entend prendre et, parfois, la manière dont elle relit sa propre histoire.
Voici six expositions à découvrir dans les galeries parisiennes en septembre 2026, mais surtout six manières de comprendre ce qui anime aujourd’hui la scène artistique parisienne.
David Zwirner et Yvon Lambert : quand les galeries participent à l’histoire de l’art
C’est probablement l’une des expositions les plus symboliques de cette rentrée des galeries parisiennes 2026.
À partir du 8 septembre, David Zwirner présente au 108 rue Vieille-du-Temple Au 108 rue Vieille du Temple: A Shared Legacy with Galerie Yvon Lambert.
L’adresse constitue à elle seule une partie de l’histoire.
En septembre 1986, Yvon Lambert y installait sa galerie. Quarante ans plus tard, l’exposition revient sur cet héritage et sur les correspondances entre les programmes développés par Yvon Lambert et David Zwirner.
Plusieurs artistes majeurs ayant traversé l’histoire de l’art contemporain y sont réunis, parmi lesquels Jean-Michel Basquiat, Christian Boltanski, Nan Goldin, Anselm Kiefer, Barbara Kruger, Bruce Nauman, Richard Serra ou Cy Twombly.
Mais l’intérêt de l’exposition dépasse la réunion de grands noms.
Elle pose une question essentielle :
quel rôle une galerie joue-t-elle dans la construction de la carrière d’un artiste et, à terme, dans l’écriture de l’histoire de l’art ?
Une galerie ne se contente pas de vendre des œuvres. Elle choisit des artistes, accompagne leur travail, organise des expositions, crée des relations avec les collectionneurs, les critiques et les institutions et contribue progressivement à leur reconnaissance.
Certaines de ces relations se construisent pendant plusieurs décennies.
À travers l’histoire d’une adresse du Marais, l’exposition permet ainsi de regarder l’art contemporain depuis un autre point de vue : celui des galeristes qui choisissent parfois de défendre un artiste bien avant sa consécration.
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Annette Messager, Histoires des oreillers, vue de l’exposition, Galerie Marian Goodman, Paris, 2026. Photo : Rebecca Fanuele. Courtesy Galerie Marian Goodman.
Annette Messager chez Marian Goodman : l’intime comme territoire de création
Avec Histoires des oreillers, présentée jusqu’au 26 septembre 2026, la Galerie Marian Goodman réunit une sélection d’œuvres historiques et emblématiques d’Annette Messager, dont certaines rarement montrées au public. De 1972 à aujourd’hui, elles font apparaître plusieurs fils conducteurs de son travail : l’intime, le corps, les mots, l’imaginaire amoureux et les représentations du féminin.
L’artiste détourne les objets et les gestes les plus familiers pour en révéler les ambiguïtés. Dans Histoire des oreillers III (1995-2026), l’oreiller quitte l’espace domestique pour évoquer le sommeil, les confidences et la présence d’un corps absent. Dans Les Amoureux (2016), deux couples enlacés suspendus à un crochet de boucher font basculer l’étreinte amoureuse vers une image plus trouble, entre attachement, fragilité et enfermement.
Cette dimension intime n’exclut jamais le regard critique. Dès Les Qualificatifs donnés aux femmes (1972), Annette Messager utilise la broderie pour mettre en évidence les stéréotypes associés aux femmes ; près de quarante ans plus tard, Just Married (2011) confronte avec ironie le voile de mariée à un simple balai. Objets, mots et matériaux deviennent ainsi les instruments d’une réflexion sur les rôles assignés, le désir et les rapports entre féminin et masculin.
La présentation prend enfin une résonance particulière avec l’exposition Une Hirondelle ne fait pas le printemps, visible simultanément au Musée de la Chasse et de la Nature jusqu’au 20 septembre, où plus de 80 œuvres dialoguent avec les collections du musée. Là où cette exposition explore notamment l’animalité, Marian Goodman privilégie les récits amoureux et les confidences intimes : deux regards complémentaires sur une œuvre qui, depuis plus de cinquante ans, transforme le quotidien pour mieux interroger nos représentations.
Jennifer Guidi chez Gagosian : le paysage devient une expérience intérieure
Avec Waterfall, présentée chez Gagosian Paris du 3 septembre au 10 octobre 2026, Jennifer Guidi poursuit ses recherches autour de la peinture, de la nature, de la lumière et de la perception.
Dans ses nouvelles œuvres, l’artiste américaine associe notamment huile et sable sur toile.
Cascades, montagnes, océans, soleil et lune nourrissent son vocabulaire sans conduire à une représentation traditionnelle du paysage.
La nature devient plutôt le point de départ d’une expérience picturale.
La matière joue ici un rôle essentiel. Les surfaces texturées modifient la manière dont la lumière rencontre la toile tandis que la répétition des formes produit un rythme presque méditatif.
Cette exposition témoigne d’un phénomène plus large : la capacité de la peinture contemporaine à continuer de réinventer le paysage, alors même que notre rapport aux images est désormais largement dominé par les écrans et la photographie numérique.
Chez Jennifer Guidi, regarder un paysage ne signifie donc plus nécessairement reconnaître un lieu.
Il s’agit davantage d’en éprouver la lumière, le rythme et la sensation.
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9/22 Vue d’exposition / Installation view Pierre Bellot, Les objets parlent, Art : Concept, Paris, 2022. Courtesy the artist and Art : Concept, Paris. Photo Romain Darnaud.
Pierre Bellot chez Art : Concept : quand l’image apparaît après la peinture
Avec Vallée FM, Pierre Bellot adopte une démarche presque inverse de celle qui consiste à partir d’une image pour construire un tableau.
Présentée chez Art : Concept à Paris en septembre 2026, l’exposition montre un travail dans lequel l’artiste cherche à évacuer le sujet comme point de départ.
Couleurs, surfaces, superpositions, accidents et repentirs construisent progressivement la peinture.
Certaines toiles sont réalisées sur des peintures antérieures dont les traces peuvent continuer d’apparaître sous les nouvelles couches.
Ce n’est qu’au cours du processus que peuvent émerger des formes évoquant des paysages, des territoires, des architectures ou des cartes imaginaires.
L’image n’est alors plus nécessairement à l’origine de la peinture.
Elle en devient la conséquence.
Cette approche prend une résonance particulière aujourd’hui.
À une époque où nous sommes confrontés quotidiennement à une quantité considérable d’images, et où les technologies génératives permettent désormais d’en produire instantanément, la peinture peut encore choisir un chemin inverse : ne pas reproduire une image existante, mais laisser l’image apparaître lentement à travers la matière et le geste.
Emma Prempeh chez Perrotin : une nouvelle étape dans une trajectoire internationale
La rentrée parisienne est également un moment privilégié pour observer les artistes dont la carrière franchit une nouvelle étape.
À partir du 5 septembre, Perrotin présente à Paris une exposition personnelle d’Emma Prempeh.
L’artiste britannique développe une pratique picturale dans laquelle mémoire, identité, temporalité et représentation occupent une place centrale.
Son travail interroge notamment la manière dont les images apparaissent, disparaissent ou survivent dans nos mémoires individuelles et collectives.
Cette exposition parisienne mérite une attention particulière parce qu’elle intervient dans une trajectoire déjà remarquée à l’international, mais qui continue de se construire.
Elle illustre également l’un des rôles fondamentaux d’une galerie : accompagner le passage d’un artiste d’une scène à une autre et lui permettre de rencontrer de nouveaux publics et collectionneurs.
Pour observer les transformations du marché de l’art, il est parfois plus révélateur de regarder ces moments de bascule que les artistes dont la reconnaissance est déjà totalement établie.
Ferdinandea : Incertitudes, 2022 HD Video, Colour Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Clément Cogitore chez Nathalie Obadia : l’image au-delà de ses frontières
La rentrée permet enfin de retrouver Clément Cogitore chez Nathalie Obadia.
Artiste et cinéaste français, Clément Cogitore développe depuis plusieurs années un travail à la frontière du cinéma, de la photographie, de la vidéo et de l’art contemporain.
Ses œuvres interrogent notamment les images, les récits collectifs, les croyances et les mécanismes par lesquels une représentation acquiert une signification.
Sa présence dans cette sélection est importante parce qu’elle élargit volontairement le regard au-delà de la peinture et de la sculpture.
L’art contemporain ne se définit plus seulement par un médium, mais par la capacité des artistes à circuler entre plusieurs langages.
Le parcours de Clément Cogitore en constitue une illustration particulièrement intéressante : son travail peut être montré dans une galerie, un musée, un centre d’art ou un contexte cinématographique sans perdre sa cohérence.
Cette porosité entre les disciplines est devenue l’une des caractéristiques fortes de la création contemporaine.
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Que révèle la rentrée des galeries parisiennes 2026 ?
Rapprocher ces six expositions permet de faire apparaître plusieurs tendances.
La première concerne la coexistence des générations.
Une artiste majeure comme Annette Messager dialogue, dans le paysage parisien, avec des artistes dont la reconnaissance internationale continue de progresser, comme Emma Prempeh, tandis que Jennifer Guidi, Pierre Bellot ou Clément Cogitore développent des approches très différentes de l’image et de la représentation.
La deuxième concerne le rôle des galeries elles-mêmes.
L’exposition David Zwirner/Yvon Lambert rappelle que leur influence dépasse largement la vente d’œuvres. Une galerie accompagne des artistes, construit des expositions, crée des archives et participe à la formation d’une mémoire artistique.
Enfin, cette rentrée confirme l’internationalisation de Paris.
La présence de grandes galeries internationales, la circulation des artistes entre plusieurs pays et la proximité d’Art Basel Paris contribuent à replacer la capitale dans un réseau artistique et économique beaucoup plus vaste.
Pourquoi Paris attire-t-elle toujours davantage le marché de l’art ?
La dynamique des galeries s’inscrit dans un contexte plus général de progression du marché français de l’art.
En 2025, la France représentait environ 8 % du marché mondial de l’art, avec 4,5 milliards de dollars de ventes, soit une progression de 9 % sur un an.
Elle conserve ainsi sa position de premier marché de l’art au sein de l’Union européenne.
Cette évolution ne signifie pas que Paris ait remplacé Londres comme première place européenne en valeur de ventes. Elle montre en revanche que la capitale française occupe désormais une position particulièrement forte dans l’écosystème européen.
Galeries internationales, maisons de ventes, musées, fondations, foires et collectionneurs contribuent ensemble à cette dynamique.
La rentrée de septembre en constitue l’une des manifestations les plus visibles.
Avant Art Basel Paris, retrouver le temps des galeries
Dans quelques semaines, le marché accélérera.
Art Basel Paris réunira à nouveau galeries, collectionneurs, institutions et professionnels internationaux et concentrera pendant quelques jours une grande partie de l’attention médiatique.
Mais septembre offre une expérience différente.
Une foire rassemble un grand nombre de galeries et d’œuvres dans un espace limité. Le regard passe rapidement d’un stand à l’autre et les œuvres entrent immédiatement dans un environnement de comparaison.
Dans une galerie, l’exposition peut au contraire se déployer dans le temps et l’espace.
Un artiste peut disposer de plusieurs salles. Un accrochage peut construire un récit. Une œuvre peut être regardée sans être immédiatement confrontée à des dizaines d’autres.
À l’heure où les coûts et le modèle économique des grandes foires interrogent une partie du secteur, cette distinction mérite d’être rappelée.
La galerie demeure l’un des lieux fondamentaux où se construit la relation entre un artiste, une œuvre et un public.
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Six expositions, six manières de regarder la rentrée parisienne
David Zwirner et Yvon Lambert permettent de regarder l’histoire des galeries.
Annette Messager interroge l’intime et la mémoire.
Jennifer Guidi réinvente le paysage par la matière.
Pierre Bellot laisse l’image émerger du processus pictural.
Emma Prempeh incarne une trajectoire internationale en mouvement.
Clément Cogitore fait circuler l’image entre cinéma et art contemporain.
Cette diversité est peut-être la meilleure manière de comprendre la rentrée des galeries parisiennes 2026.
Paris ne retrouve pas simplement son calendrier d’expositions.
La capitale réactive un écosystème dans lequel artistes, galeries, institutions, collectionneurs et marché de l’art sont constamment interdépendants.
Et avant que les grandes foires ne concentrent toute l’attention, septembre rappelle quelque chose d’essentiel : une scène artistique se construit d’abord dans les lieux qui prennent le risque de montrer les œuvres.
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FAQ — Rentrée des galeries parisiennes 2026
Quelles expositions voir dans les galeries parisiennes en septembre 2026 ?
Parmi les expositions à suivre figurent Jennifer Guidi chez Gagosian, Annette Messager chez Marian Goodman, Pierre Bellot chez Art : Concept, Emma Prempeh chez Perrotin et Clément Cogitore chez Nathalie Obadia, ainsi que l’exposition consacrée à l’héritage d’Yvon Lambert présentée par David Zwirner.
Quand commence la rentrée des galeries à Paris en 2026 ?
La rentrée artistique parisienne débute dès les premiers jours de septembre 2026, avec de nombreux vernissages et ouvertures d’expositions dans le Marais, à Saint-Germain-des-Prés et dans plusieurs quartiers de Paris.
Quels quartiers visiter pour découvrir les galeries d’art contemporain à Paris ?
Le Marais demeure l’un des principaux quartiers de galeries à Paris, notamment autour des rues Vieille-du-Temple, du Temple et de Turenne. D’autres pôles importants se trouvent à Saint-Germain-des-Prés, dans le 8e arrondissement et dans plusieurs quartiers de l’Est parisien.
Pourquoi septembre est-il important pour les galeries parisiennes ?
Septembre marque la reprise de la saison artistique après l’été. Les galeries y présentent leurs nouvelles expositions et renouent avec les collectionneurs et les professionnels avant l’accélération du calendrier des foires internationales.
Paris est-elle une place importante du marché de l’art en Europe ?
Oui. La France est aujourd’hui le premier marché de l’art de l’Union européenne et Paris concentre un réseau important de galeries, maisons de ventes, musées, fondations et foires internationales. La capitale joue ainsi un rôle majeur dans la circulation des artistes et des œuvres en Europe.