Art Mag : Parlez-nous un peu de vous… oĂč ĂȘtes-vous nĂ© ? Avez-vous une formation artistique ?
Aslıhan ĂiftgĂŒl : Je suis nĂ©e en Turquie en 1975. J’ai fait mes Ă©tudes secondaires dans une ancienne et prestigieuse Ă©cole locale, le collĂšge İhsan Ăizakça, dont le nom vient du fondateur de l’Ă©cole qui Ă©tait un artiste bien connu et qui a dessinĂ© la premiĂšre piĂšce de monnaie turque de la rĂ©publique de l’Ă©poque.
J’ai travaillĂ© au dĂ©partement des langues Ă©trangĂšres de l’universitĂ© d’UludaÄ en tant qu’instructeur pendant 22 ans, puis j’ai dĂ©missionnĂ© en avril 2021.
Au cours des 25 derniĂšres annĂ©es, je me suis consacrĂ© Ă la peinture Ă l’huile pendant mon temps libre, en amateur et avec passion, et j’ai suivi des formations dans diffĂ©rents ateliers de peinture Ă intervalles rĂ©guliers.
RĂ©cemment, j’ai poursuivi mon intĂ©rĂȘt pour l’art Ă un niveau plus professionnel en participant Ă diverses expositions et foires d’art nationales et internationales dans le monde entier.
AM : Si vous deviez décrire votre travail en 3 mots ?
AC : Je dirais « Figuratif », surtout « Portrait » et « Sentimental », je suppose…
AM : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
AC : Je suis essentiellement inspirĂ©e par les gens, en particulier les femmes, je suppose. Chacun d’entre nous est complĂštement diffĂ©rent des autres en termes d’apparence physique, d’origine culturelle, de croyances, de diversitĂ© socio-Ă©conomique, de niveau d’Ă©ducation, et surtout de traits de personnalitĂ©. Toutes les expĂ©riences que nous vivons au cours de notre vie, les luttes, les joies, les dĂ©ceptions, les peines de cĆur sont toutes diffĂ©rentes et façonnĂ©es par notre caractĂšre, notre Ă©tat psychologique, les facteurs environnementaux, et la liste n’est pas exhaustive. Comme le dit l’Ă©crivain anglais Will Storr dans son livre The Science of Storytelling, « Les histoires sont partout… En fait, nous sommes les histoires ».
Cela m’amĂšne Ă comprendre que chaque individu est unique. Lorsque je suis capable de percevoir les caractĂ©ristiques distinctes d’une personne sur son visage – parfois dans ses yeux, dans sa façon de sourire ou de pleurer – un flot d’Ă©motions se transfĂšre directement dans mon monde intĂ©rieur. Ces Ă©motions me touchent profondĂ©ment… et m’inspirent souvent un fort dĂ©sir de peindre ce sujet particulier, stimulant et dĂ©veloppant mon imagination. La combinaison des Ă©motions, des couleurs et de l’histoire s’assemble et forme une composition dans mon esprit.
AM : Qu’est-ce que l’art pour vous ?
AC : Pour moi, c’est la capacitĂ© de transmettre les explosions Ă©motionnelles du monde intĂ©rieur de l’artiste Ă d’autres personnes d’une maniĂšre qui laisse des traces profondes dans leurs cĆurs et leurs Ăąmes. Ce n’est peut-ĂȘtre pas un objectif Ă atteindre pour l’artiste… Je pense que cela se produit naturellement, en fonction des millions de diffĂ©rences qui existent entre les gens.
Comme l’a dit un jour l’Ă©crivain français Albert Camus, laurĂ©at du prix Nobel, « CrĂ©er, c’est vivre deux fois ». Il s’agit de graver cette expĂ©rience sur les pages du cycle du temps et de la faire exister pour toujours afin de permettre Ă d’autres de la vivre Ă©galement. Peut-ĂȘtre seulement pour une personne spĂ©cifique sur terre. C’est peut-ĂȘtre pour cette raison qu’un artiste doit prendre au sĂ©rieux la responsabilitĂ© de crĂ©er une discipline de vie, car « les mains de l’artiste sont les mains de Dieu », comme certains le pensent.
AM : Comment cette passion est-elle née ?
AC : Un soir, alors que je feuilletais de vieux magazines et livres Ă la maison, je suis tombĂ© sur un magazine de photographie en noir et blanc de Sami GĂŒner, un cĂ©lĂšbre photographe turc. Jusqu’Ă ce jour, mon travail au fusain ne dĂ©passait pas les gribouillis que je faisais dans les marges de mes cahiers en classe.
Soudain, la photographie d’une vieille femme est apparue sur l’une des pages et m’a transpercĂ© le cĆur avec son regard plissĂ©, fatiguĂ© et pensif. Il Ă©tait Ă©vident qu’elle avait beaucoup souffert et, Ă ce moment prĂ©cis, j’ai ressenti l’irrĂ©sistible excitation de la dessiner. D’autres croquis au fusain ont suivi. Enfin, un jour peu aprĂšs, je me suis retrouvĂ© Ă travailler sur une reproduction Ă l’huile de Gustav Klimt dans un cours.
AM : Qu’est-ce qui vous motive Ă crĂ©er ?
AC : Le partage. Fondamentalement, le partage des Ă©motions. Et la possibilitĂ© de provoquer des pensĂ©es et des interprĂ©tations plus profondes dans l’esprit des spectateurs. Leur transmettre mon Ă©tat Ă©motionnel dense me motive fortement Ă dĂ©cider de ma prochaine Ćuvre d’art.
En outre, certaines expositions auxquelles je participe ont un thĂšme spĂ©cifique qui m’oblige Ă travailler sur un certain sujet. C’est vraisemblablement sur les traces de mes annĂ©es d’enseignement que je commence Ă former la composition du tableau que je vais crĂ©er, aprĂšs avoir longuement Ă©tudiĂ© le sujet en dĂ©tail. DerniĂšrement, j’ai Ă©galement remarquĂ© que cela contribue Ă mon dĂ©veloppement personnel, tant au niveau de la connaissance gĂ©nĂ©rale du monde que de la crĂ©ativitĂ© artistique. C’est ainsi que mon tableau sur la vie de Maria Callas a vu le jour, par exemple.
Une autre chose qui mĂ©rite d’ĂȘtre mentionnĂ©e est le plaisir que j’Ă©prouve Ă rencontrer de nouvelles personnes extraordinaires du monde entier lors d’expositions Ă l’Ă©tranger.
Je trouve fascinant et honorable de communiquer avec les gens, d’avoir des conversations sur l’art, de rester en contact avec eux par la suite, d’avoir l’occasion de m’exprimer Ă travers mon art et de reprĂ©senter mon pays sur une base artistique.
AM : Quel est votre sujet préféré ?
AC : Outre les portraits humains, j’aime peindre des animaux, en particulier des poissons. La magnifique harmonie des couleurs m’impressionne beaucoup. Pourtant, mĂȘme lorsque je peins un poisson, je le considĂšre comme « le portrait d’un poisson ».
AM : Vous faites Ă©galement des expositions, oĂč avez-vous dĂ©jĂ exposĂ© ?
AC : En dehors de ma ville natale, Bursa, Istanbul et Bodrum en Turquie, j’ai exposĂ© dans d’autres pays europĂ©ens tels que la Boris Georgiev City Art Gallery Ă Varna, en Bulgarie ; une organisation de l’UNESCO Ă AthĂšnes, en GrĂšce ; Granada International Art Show en Espagne et quatre fois Ă Paris, en France, dont l’une au Carrousel du Louvre en octobre dernier et au Grand Palais Ephemere Art Capital Exposition cette annĂ©e en fĂ©vrier.
AM : Quels artistes aimeriez vous rencontrer ?
AC : Cela peut sembler trĂšs clichĂ©, mais aprĂšs avoir visitĂ© le Centro Leonardo da Vinci Art Expo Ă Milan, en Italie, en novembre dernier, je serais honorĂ© de rencontrer l’un des plus importants peintres de la Renaissance, LĂ©onard de Vinci. J’ai Ă©tĂ© vraiment impressionnĂ© et j’ai dĂ©veloppĂ© une grande admiration pour lui aprĂšs avoir constatĂ© qu’il Ă©tait bien plus qu’un peintre. Les prototypes de machines et d’instruments qu’il a inventĂ©s en son temps grĂące Ă son incroyable gĂ©nie, son travail dans le domaine de la science et de la technologie, des sujets allant de l’anatomie, des arts militaires, de l’optique au vol des oiseaux et Ă l’hydraulique Ă©taient tous Ă©tonnamment incroyables.
AM : Avec quel(s) artiste(s) aimeriez vous collaborer ?
AC : C’est un grand plaisir et un honneur pour moi d’annoncer que nous collaborons dĂ©jĂ avec l’artiste bien connu Christophe Baudin sur un projet Ă venir. Ce projet est Ă©galement organisĂ© en collaboration avec l’AIAM en faveur des victimes du tremblement de terre du 6 fĂ©vrier en Turquie. Une vente aux enchĂšres sera organisĂ©e en France, pour laquelle nous avons travaillĂ© sur une Ćuvre d’art avec Christophe Baudin au cours des semaines prĂ©cĂ©dentes. A travers cette merveilleuse interview avec vous, si vous me le permettez, je voudrais remercier encore une fois ces deux belles personnes : Christophe Baudin et Pierre Coureux. Je dois ajouter que nous sommes Ă©galement reconnaissants Ă Engin Bezci et Armand Berberian pour leurs prĂ©cieux efforts dans ce processus. Je me sens tellement reconnaissant et privilĂ©giĂ© de faire partie d’un projet aussi important et spirituellement prĂ©cieux.
AM : Avez-vous des expositions Ă venir ?
AC : Oui, pour l’instant, j’ai six expositions Ă venir :
Je participerai Ă une exposition sur la mythologie dans la ville oĂč je vis Ă la fin du mois de mai.
En septembre, avec mon commissaire bien-aimĂ© Ă Paris, Armand Berberian, nous participerons Ă l’exposition du ChĂąteau Conti Ă L’Isle Adam.
Juste aprĂšs, nous participerons Ă une autre exposition Ă Rome, avec d’autres artistes grecs, organisĂ©e en mĂ©moire de la soprano grecque mondialement connue Maria Callas, Ă l’occasion de son centiĂšme anniversaire.
En octobre, je participerai pour la deuxiĂšme fois Ă l’exposition du Carrousel du Louvre.
Enfin, en novembre, il y en a deux autres aux Ătats-Unis auxquelles je pourrais participer, l’une est la Red Dot Miami Art Fair et l’autre Ă New York.
AM : Quels sont vos projets Ă court et moyen terme ?
AC : Naturellement, nous nous sommes tous concentrĂ©s sur la prochaine vente aux enchĂšres et sur notre projet de donation. RĂ©cemment, c’est ce dernier qui a eu la prioritĂ© en raison de son urgence particuliĂšre.
Cependant, j’aime collaborer avec des personnes au niveau international.
Cet Ă©tĂ©, il se peut que je participe Ă une autre organisation de l’UNESCO en GrĂšce, par exemple.
Entre-temps, j’ai une amie trĂšs spĂ©ciale et prĂ©cieuse, Shoshana Vegh d’IsraĂ«l, que j’ai rencontrĂ©e lors d’une exposition d’art l’annĂ©e derniĂšre Ă AthĂšnes, en GrĂšce. Ensemble, nous avons lancĂ© un projet il y a quelques mois. C’est une poĂ©tesse, une auteure et une Ă©ditrice bien connue. Au dĂ©part, elle a eu la gentillesse de me proposer d’Ă©crire des poĂšmes sur mes peintures, puis j’ai commencĂ© Ă traduire ses poĂšmes en turc. De cette maniĂšre, nous avons maintenant ma peinture, son poĂšme Ă©crit Ă l’origine en hĂ©breu et les versions traduites en anglais et en turc qui, une fois terminĂ©es, formeront un livre prĂȘt Ă ĂȘtre publiĂ©. Il s’agit lĂ d’un projet Ă long terme auquel nous accorderons une importance particuliĂšre avec le mĂȘme enthousiasme et la mĂȘme conviction jusqu’Ă la fin.
AM : Quel est le rĂȘve que vous aimeriez rĂ©aliser et qui vous rendrait fou de joie ?
AC : Croyez moi, cette question a instantanĂ©ment accĂ©lĂ©rĂ© les battements de mon cĆur ! Dans ce monde, je suis amoureuse d’un homme dont les yeux d’un bleu profond sont comme des torches qui ont le pouvoir d’Ă©clairer les tĂ©nĂšbres les plus profondes de l’humanitĂ©. AtatĂŒrk, le fondateur de notre rĂ©publique, il y a exactement 100 ans cette annĂ©e, Ă©tait et est toujours considĂ©rĂ© comme un artisan de la paix entre les pays. L’une de ses doctrines les plus connues Ă©tait « La paix chez soi, la paix dans le monde ». Je pense que mon plus grand rĂȘve est, d’une maniĂšre ou d’une autre, de pouvoir contribuer Ă sa devise, de jouer un rĂŽle dans l’Ă©tablissement de la paix entre les peuples et les pays, si possible par le biais de mon art. Je sais que cela peut sembler un rĂȘve plutĂŽt audacieux, mais je crois qu’un artiste ne peut jamais ĂȘtre un vĂ©ritable artiste s’il n’a pas l’esprit libre, la vision, l’imagination et le dĂ©sir de rĂȘver un peu plus loin. HonnĂȘtement, c’est peut-ĂȘtre mon plus grand rĂȘve qui me rendrait fou de joie quand / si d’une maniĂšre ou d’une autre, un jour, il se rĂ©alise…





