Pendant plus de soixante ans, Anny Duperey a peint dans la discrétion. Connue du grand public pour sa carrière de comédienne et d’écrivaine, elle a pourtant construit, loin des projecteurs, une œuvre picturale d’une remarquable cohérence. Aujourd’hui, cette peinture longtemps restée confidentielle s’offre enfin au regard. Une révélation qui invite à redécouvrir une artiste dont la couleur est, depuis toujours, le véritable langage.
Avant la comédienne, il y avait la peintre
Le destin d’Anny Duperey semble tout tracé vers le théâtre, le cinéma et la littérature. Pourtant, bien avant les plateaux de tournage, il y eut les ateliers des Beaux-Arts de Rouen, où la jeune artiste découvre très tôt la peinture.
Son talent est rapidement remarqué par le peintre Robert Savary, qui devient son maître et reconnaît chez elle une qualité rare : un instinct naturel de la couleur.
Une phrase prononcée à cette époque l’accompagnera toute sa vie :
« Tu n’as pas de quoi être fière, c’est un don. » Robert Savary
Loin de nourrir une quelconque ambition, cette remarque installe chez elle une forme de pudeur qui marquera durablement son rapport à la création.
Lorsque le Conservatoire national supérieur d’art dramatique lui ouvre ses portes, sa carrière de comédienne prend naturellement le dessus. Mais la peinture ne disparaît jamais. Elle devient un espace intime, silencieux, poursuivi entre deux tournages, loin du regard du public.
Pourquoi Anny Duperey a-t-elle attendu si longtemps avant d’exposer ?
Pendant des décennies, Anny Duperey refuse de montrer ses tableaux.
Son explication est d’une grande simplicité.
« Par respect pour les « vrais » peintres, ceux qui consacrent leur vie à cet art, je m’interdisais de montrer mes œuvres. Tardivement, je me le permets… modestement. » Anny Duperey
Cette réserve explique pourquoi son apparition sur la scène artistique ne ressemble à aucune autre.
Il ne s’agit pas d’une célébrité découvrant soudainement une nouvelle passion. Il s’agit d’une œuvre qui existait déjà depuis plus d’un demi-siècle et qui choisit seulement aujourd’hui de se rendre visible.
Sa participation au Salon des Artistes Indépendants au Grand Palais marque ainsi moins un commencement qu’une reconnaissance.

Une peinture où la couleur devient le véritable sujet
À première vue, les œuvres d’Anny Duperey représentent des bouquets, des paysages ou des portraits.
Mais le véritable sujet est ailleurs.
Comme chez Pierre Bonnard, Henri Matisse ou Raoul Dufy, artistes qu’elle admire profondément, la couleur n’accompagne pas la composition : elle la construit.
Les fleurs deviennent des harmonies de jaunes, de bleus et de violets.
Les paysages s’organisent autour de la lumière plus que du dessin.
Les personnages eux-mêmes semblent émerger d’une matière colorée qui leur donne toute leur présence.
Anny Duperey ne cherche jamais l’effet démonstratif. Sa peinture avance avec douceur, privilégiant l’équilibre des tons, les vibrations lumineuses et une émotion discrète.
Cette fidélité aux grands coloristes français ne relève pourtant jamais de l’imitation. Elle apparaît plutôt comme un héritage pleinement assumé, intégré au fil d’une pratique quotidienne.
Une peinture de la contemplation
L’œuvre d’Anny Duperey invite à ralentir.
Ses paysages ne racontent pas une histoire spectaculaire. Quelques arbres, une maison isolée, un horizon suffisent à installer une atmosphère suspendue.
Dans ses bouquets, la lumière semble circuler librement entre les fleurs.
Chaque toile donne l’impression d’avoir été observée longuement avant d’être peinte.
Cette attention au temps rapproche son travail d’une peinture de contemplation, où l’émotion naît moins du sujet représenté que de la manière dont la lumière transforme le regard.

Des portraits où le personnage prend vie
Parmi les œuvres présentées, La Folle de Chaillot attire immédiatement l’attention.
Avec son regard intense, son visage lumineux et son extravagant chapeau fleuri, la figure s’impose avec une étonnante présence.
Impossible de ne pas y voir l’influence de la comédienne.
Anny Duperey ne peint pas uniquement un visage ; elle construit un personnage.
L’expression, la posture, la présence psychologique deviennent aussi importantes que la couleur elle-même.
Son expérience de la scène nourrit ici naturellement son travail de peintre, sans jamais le dominer.
Une œuvre construite loin des modes
Ce qui frappe sans doute le plus dans cette peinture est son indépendance.
Pendant plus de soixante ans, Anny Duperey a continué à peindre sans chercher la reconnaissance du marché de l’art, sans suivre les tendances ni adapter son travail aux attentes du public.
Cette liberté confère aujourd’hui à son œuvre une rare cohérence.
Chaque tableau semble appartenir à une même recherche : comprendre toujours davantage la lumière, la composition et les rapports de couleur.
Il n’y a ni rupture spectaculaire ni volonté de surprendre.
Seulement une fidélité constante à un geste artistique poursuivi avec patience.
Le regard d’ART MAG
Ce qui touche dans la peinture d’Anny Duperey n’est pas seulement sa qualité picturale. C’est le rapport qu’elle entretient avec le temps.
À une époque où la visibilité précède souvent l’œuvre, son parcours rappelle qu’une pratique artistique peut mûrir pendant des décennies avant d’être dévoilée.
Ses tableaux ne cherchent ni à prolonger une notoriété ni à construire une nouvelle carrière. Ils témoignent d’une fidélité à la peinture, développée dans le silence de l’atelier, avec la même exigence depuis plus de soixante ans.
Peut-être est-ce là la véritable singularité de son œuvre : celle d’une artiste qui n’a jamais peint pour être regardée, mais simplement parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement.

Cet article est extrait du numéro 33 d’ART MAG International.
Chaque édition rassemble des analyses, des regards critiques, des entretiens et des découvertes pour mieux comprendre les artistes, les œuvres et les évolutions de l’art contemporain.
📖 Le numéro 33 est disponible en version papier et numérique.
FAQ
Oui. Bien avant sa carrière de comédienne, Anny Duperey a étudié aux Beaux-Arts de Rouen. Elle peint depuis plus de soixante ans et dévoile aujourd’hui une œuvre restée longtemps confidentielle.
Sa peinture s’inscrit dans une tradition figurative où la couleur joue un rôle central. Influencée par Pierre Bonnard, Henri Matisse et Raoul Dufy, elle privilégie les harmonies chromatiques, la lumière et la contemplation.
L’artiste explique avoir longtemps hésité à montrer ses œuvres par respect pour les peintres ayant consacré toute leur vie à cet art. Elle a finalement choisi de partager son travail après plusieurs décennies de pratique.
Ses œuvres ont notamment été présentées au Salon des Artistes Indépendants au Grand Palais. Elles sont également à découvrir dans ART MAG #33, qui consacre un portrait à son parcours de peintre.