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Centre Pompidou, MoMA et M+ : qui écrira demain l’histoire de l’art ?

Christophe Cherix, The David Rockefeller Director, The Museum of Modern Art, New York; Laurent Le Bon, President, Centre Pompidou, Paris; and Suhanya Raffel, Museum Director, M+, Hong Kong signed a Framework Agreement for the Cultural Alliance at an event held at M+ on 30 October 2026 Photo: Winnie Yeung
Winnie Yeung @ Visual Voices Image courtesy of M+, Hong Kong

Paris, New York et Hong Kong unissent leurs forces. Le 30 octobre 2026, le Centre Pompidou, le MoMA et M+ ont officialisé une alliance culturelle destinée à rapprocher leurs collections, leurs expertises et leurs publics. Au-delà de cet accord entre trois grandes institutions, une question se dessine : cette coopération peut-elle renouveler notre manière de raconter l’histoire de l’art moderne et contemporain ?

Christophe Cherix, Suhanya Raffel et Laurent Le Bon réunis à l'occasion de l'alliance culturelle entre le MoMA, M+ et le Centre Pompidou.
Christophe Cherix, Suhanya Raffel, and
Laurent Le Bon Photo: © Centre Pompidou/Chau-Cuong Lê

Trois musées, une ambition mondiale

Pendant longtemps, les grands musées ont construit leur prestige autour de leurs collections, de leurs acquisitions et de leur capacité à attirer les visiteurs. Désormais, leur influence pourrait aussi se mesurer à leur aptitude à collaborer.

Le 30 octobre 2026, Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou, Christophe Cherix, directeur du Museum of Modern Art (MoMA), et Suhanya Raffel, directrice de M+, ont signé à Hong Kong un accord-cadre établissant une alliance culturelle entre leurs institutions.

Le partenariat prévoit des expositions communes, des prêts d’œuvres de longue durée, des programmes conjoints et des échanges d’expertise dans les domaines de la recherche curatoriale et de la conservation.

Ensemble, les trois musées représentent quelque 10 millions de visiteurs annuels en présentiel et 125 millions de visiteurs en ligne. Une audience considérable, qui témoigne de leur capacité à orienter les regards sur la création artistique.

Mais derrière ces chiffres se joue un enjeu plus profond : qui décide aujourd’hui de ce qui mérite d’entrer dans l’histoire de l’art ?

Vers une histoire de l’art à plusieurs voix ?

Le rapprochement réunit trois institutions aux identités distinctes.

Fondé en 1929, le MoMA a joué un rôle déterminant dans la reconnaissance des avant-gardes et la construction du récit de l’art moderne. Le Centre Pompidou, inauguré en 1977, a développé une approche pluridisciplinaire associant arts plastiques, architecture, design et création contemporaine.

Ouvert en 2021, M+ apporte une autre perspective. Implanté à Hong Kong, ce musée consacré à la culture visuelle des XXe et XXIe siècles accorde une place importante aux scènes artistiques asiatiques, tout en développant une lecture internationale de la création.

Cette complémentarité pourrait favoriser de nouvelles interprétations des mouvements artistiques et remettre en lumière des trajectoires longtemps restées à la périphérie des grands récits occidentaux.

Car l’histoire de l’art moderne ne s’est pas uniquement écrite à Paris et à New York. Les artistes, les influences et les expérimentations ont circulé entre les continents, sans toujours bénéficier de la même reconnaissance institutionnelle.

L’alliance pourrait contribuer à rééquilibrer certains regards. Encore faudra-t-il que cette ambition se traduise dans les choix d’expositions et dans la place accordée aux artistes moins représentés.

Vue extérieure du musée M+ à Hong Kong, consacré à l'art moderne et contemporain, avec sa façade monumentale et le port Victoria en arrière-plan.
M+, Hong Kong
Photo: Joe Wong
Courtesy of M+, Hong Kong

Des collections appelées à voyager autrement

Les premières pistes évoquées donnent une dimension concrète au projet.

Selon les informations rapportées par le South China Morning Post, le MoMA envisage d’ouvrir dès 2027 un espace consacré à la collection de M+. Le musée hongkongais prévoit, de son côté, d’intégrer des œuvres provenant de New York et de Paris à ses présentations.

Autre perspective : des créations numériques conçues pour la façade monumentale à LED de M+ pourraient être présentées au Centre Pompidou Francilien, à Massy.

Cet exemple est particulièrement révélateur. Il ne s’agirait plus seulement de faire voyager des peintures ou des sculptures, mais également de faire circuler des œuvres pensées pour des dispositifs technologiques et architecturaux spécifiques.

Leur présentation dans un autre contexte soulèverait des questions de conservation, d’adaptation et d’interprétation. Comment préserver l’intention d’un artiste lorsqu’une création change d’environnement ? Comment maintenir le dialogue entre une œuvre numérique et le lieu pour lequel elle a été conçue ?

La coopération scientifique entre les musées pourrait apporter des réponses à ces enjeux.

Ces projets restent toutefois à confirmer dans leurs modalités et leur calendrier. Leur réalisation permettra de mesurer si l’alliance dépasse le cadre des échanges institutionnels traditionnels.

Discussion entre les représentants du Centre Pompidou, du MoMA et de M+ lors de la présentation de leur alliance culturelle à Hong Kong en 2026.
Rencontre autour de l’alliance culturelle entre le Centre Pompidou, le MoMA et M+,
à Hong Kong, le 30 octobre 2026.Video: Moving Image Studio
Courtesy of M+, Hong Kong

Quels artistes bénéficieront réellement de cette alliance ?

Les trois musées affirment partager un engagement envers les artistes vivants. Leur rapprochement pourrait renforcer la visibilité internationale de certaines œuvres et favoriser de nouvelles collaborations.

Pour un artiste, voir son travail présenté dans plusieurs institutions majeures peut contribuer à élargir sa reconnaissance et à multiplier les lectures de sa démarche.

Mais une interrogation demeure : cette circulation profitera-t-elle également aux artistes émergents et aux scènes moins représentées ?

À ce stade, aucun dispositif spécifique de soutien à la jeune création n’a été annoncé dans le cadre de l’accord. Les premiers bénéficiaires pourraient donc être les artistes déjà présents dans les collections des trois établissements.

L’enjeu est important. Une coopération internationale peut enrichir les connaissances sans nécessairement modifier les mécanismes de reconnaissance artistique.

Pour véritablement renouveler le regard porté sur l’art contemporain, les institutions devront aussi interroger leurs choix de programmation, leurs politiques d’acquisition et leur capacité à faire découvrir des artistes encore peu visibles.

Le Centre Pompidou, une stratégie au-delà de Beaubourg

Pour le Centre Pompidou, cette alliance intervient à un moment charnière.

Alors que son bâtiment parisien est fermé pour rénovation, l’institution poursuit ses activités à travers le programme Constellation et de nombreux partenariats en France et à l’étranger. Cette stratégie de rayonnement se manifeste également à Bruxelles, où KANAL–Centre Pompidou, installé dans l’ancien garage Citroën, ouvrira ses portes le 28 novembre 2026. Un projet qui illustre la circulation internationale des collections et des savoir-faire de l’institution parisienne.

Le rapprochement avec le MoMA et M+ pourrait renforcer cette présence internationale pendant les travaux, tout en préparant de nouvelles collaborations à long terme.

Il illustre également une évolution du rôle des musées. Leur influence ne repose plus uniquement sur les œuvres conservées entre leurs murs, mais aussi sur leur capacité à partager les savoirs, à développer des projets communs et à faire vivre leurs collections au-delà de leur implantation historique.

Cette dynamique soulève néanmoins une autre question : en renforçant leurs liens, les grandes institutions ne risquent-elles pas de concentrer davantage encore leur influence sur la scène artistique mondiale ?

Coopérer, mais pour raconter quelle histoire ?

L’alliance entre le Centre Pompidou, le MoMA et M+ pourrait annoncer une nouvelle étape dans les relations entre les grandes institutions muséales.

Les prêts de longue durée, les recherches communes et la confrontation de perspectives culturelles différentes offrent de réelles possibilités de renouvellement.

Mais le succès d’une telle coopération ne se mesurera pas uniquement au nombre d’œuvres échangées, d’expositions organisées ou de visiteurs accueillis.

Il dépendra aussi de la diversité des artistes présentés, de la liberté des choix curatoriaux et de la capacité des trois musées à remettre en question les récits déjà établis.

Car si Paris, New York et Hong Kong décident désormais de construire ensemble une partie de leur programmation, leur responsabilité culturelle n’en sera que plus grande.

La question n’est peut-être plus seulement de savoir ce que les grands musées peuvent accomplir ensemble, mais quelle histoire de l’art ils choisiront de raconter.

Pourquoi le Centre Pompidou, le MoMA et M+ ont-ils signé une alliance ?

Les trois musées souhaitent développer des expositions communes, faciliter les prêts d’œuvres et renforcer leur coopération en matière de recherche et de conservation.


Quand l’alliance entre le Centre Pompidou, le MoMA et M+ a-t-elle été annoncée ?

L’accord-cadre a été signé le 30 octobre 2026 à Hong Kong par les dirigeants des trois institutions.


Quels musées participent à cette alliance culturelle ?

Le partenariat réunit le Centre Pompidou à Paris, le Museum of Modern Art (MoMA) à New York et M+ à Hong Kong.


Quelles conséquences cette alliance pourrait-elle avoir pour les artistes ?

Elle pourrait accroître la circulation internationale des œuvres et favoriser de nouvelles collaborations. Ses retombées concrètes pour les artistes émergents restent toutefois à déterminer.