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Prune Nourry au Petit Palais : ces sculptrices que l’histoire de l’art a oubliées

Avec « Visionnaires », présentée au Petit Palais jusqu’au 24 janvier 2027, Prune Nourry redonne un visage à dix-huit sculptrices des XIXe et XXe siècles. Entre portraits monumentaux et dialogue avec les collections du musée, l’artiste interroge les mécanismes de reconnaissance et d’effacement des femmes dans l’histoire de l’art.

Des créatrices longtemps restées dans l’ombre

Elles ont sculpté, exposé, obtenu des commandes et parfois connu le succès. Pourtant, leur place dans l’histoire de l’art demeure souvent marginale. Au Petit Palais, un chiffre résume ce déséquilibre : à peine 4 % des œuvres conservées dans les collections ont été réalisées par des femmes.

C’est à partir de ce constat que Prune Nourry construit « Visionnaires ». Invitée à investir le musée, l’artiste française donne une présence nouvelle à dix-huit sculptrices de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, dont les trajectoires témoignent des obstacles rencontrés par les femmes pour accéder à la création et à la reconnaissance artistique.

Camille Claudel, Käthe Kollwitz ou Sarah Bernhardt côtoient des figures aujourd’hui moins connues, comme Hélène Bertaux, Jane Poupelet ou Nancy Elizabeth Prophet. Toutes n’ont pas connu le même effacement, mais leurs parcours révèlent une histoire de la sculpture longtemps écrite au masculin.

Des visages pour reprendre leur place

Pour leur rendre hommage, Prune Nourry réalise dix-huit portraits sculptés, dont certains atteignent 3,50 mètres de hauteur. Leurs formes épurées, principalement réalisées en plâtre ou en béton cellulaire, contrastent avec le réalisme de nombreuses œuvres historiques du musée.

Un détail retient particulièrement l’attention : leurs yeux en marbre blanc aux pupilles noires. Inspirés de la statuaire polychrome du Petit Palais, ils donnent à ces visages une présence singulière. Le regard devient ainsi un élément central du parcours, comme une invitation à considérer autrement celles que l’histoire a trop peu regardées.

Certains portraits sont réalisés en creux. Le visage n’apparaît plus par son volume, mais par son empreinte dans la matière. Ce choix plastique traduit l’absence, la disparition des représentations et, plus largement, les lacunes de la mémoire collective.

La représentation de Camille Claudel est particulièrement significative. Prune Nourry choisit de la montrer debout, vêtue de sa blouse de travail. Loin de l’image de la muse ou de la collaboratrice de Rodin à laquelle elle fut longtemps associée, la sculptrice retrouve ici son identité de créatrice.

Hélène Bertaux, Nancy Elizabeth Prophet : deux combats pour exister

Derrière ces portraits se dessinent des histoires de détermination.

Hélène Bertaux (1825-1909) consacre une partie de sa carrière à défendre l’accès des femmes aux professions artistiques. En 1881, elle fonde l’Union des Femmes Peintres et Sculpteurs. Son engagement contribue à l’ouverture de l’École des beaux-arts aux femmes en 1897, puis à leur admission au concours du prix de Rome en 1903.

Son œuvre Psyché sous l’empire du mystère, conservée au Petit Palais, a d’ailleurs constitué le point de départ du projet de Prune Nourry.

Le parcours de Nancy Elizabeth Prophet (1890-1960) raconte une autre forme de résistance. Première femme afro-américaine diplômée de la Rhode Island School of Design en 1918, elle poursuit sa formation à Paris malgré les discriminations et une précarité extrême. Son œuvre, profondément attachée à la figure humaine, témoigne d’une volonté de créer malgré les obstacles matériels et sociaux.

À travers ces destins, l’exposition rappelle que l’absence des femmes dans les collections ne signifie pas une absence de production artistique. Elle révèle aussi les conditions inégales dans lesquelles s’est construite leur postérité.

Un dialogue entre sculpture contemporaine et collections historiques

« Visionnaires » se déploie dans l’ensemble du Petit Palais, de la galerie des sculptures au jardin, en passant par les espaces des collections permanentes.

Sur le parvis, Mothership, installation monumentale de dix-sept mètres de long, accueille les visiteurs. Cette structure en acier corten évoque simultanément une femme enceinte, une coque de bateau et un squelette de baleine. Elle prolonge les recherches de Prune Nourry autour du corps, de la maternité et des formes du vivant.

À l’intérieur du musée, une vingtaine d’œuvres antérieures de l’artiste entrent en résonance avec les collections historiques. Les rapprochements de matières, de formes et d’échelles font émerger de nouvelles lectures des sculptures conservées au Petit Palais.

Cette confrontation entre les époques constitue l’un des enjeux de l’exposition : faire de la création contemporaine un moyen de réexaminer les récits hérités du passé.

Réparer l’oubli, interroger la postérité

Avec « Visionnaires », Prune Nourry ne propose pas simplement une galerie de portraits. Elle questionne la manière dont les institutions, les collections et les récits historiques participent à la construction de la reconnaissance artistique.

L’exposition rappelle également que la visibilité des femmes artistes ne se résume pas à leur présence dans les musées. Elle suppose de reconnaître leurs œuvres, leurs recherches et leur contribution à l’évolution des formes artistiques.

En installant ces visages au cœur du Petit Palais, Prune Nourry ne cherche pas seulement à réparer un oubli. Elle rappelle que l’histoire de l’art n’est jamais un récit définitif : elle se construit aussi à partir de celles et ceux que l’on choisit de regarder.

Informations pratiques

« Visionnaires – Carte blanche à Prune Nourry »
Petit Palais, Paris
Du 20 octobre 2026 au 24 janvier 2027

Entrée Gratuite
Commissariat : Sixtine de Saint-Léger

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FAQ – Prune Nourry et l’exposition « Visionnaires »

Où et jusqu’à quand voir l’exposition « Visionnaires » de Prune Nourry ?

L’exposition « Visionnaires – Carte blanche à Prune Nourry » se tient au Petit Palais, à Paris, du 20 octobre 2026 au 24 janvier 2027. Elle investit plusieurs espaces du musée, des galeries de sculptures au jardin, ainsi que son parvis.


Pourquoi Prune Nourry rend-elle hommage à des femmes sculptrices ?

Avec « Visionnaires », Prune Nourry souhaite redonner une visibilité à des artistes dont la contribution à l’histoire de la sculpture a longtemps été minimisée ou oubliée. Le projet met notamment en lumière les obstacles rencontrés par les femmes pour accéder à la formation artistique et à la reconnaissance institutionnelle.


Quelles sculptrices peut-on découvrir dans l’exposition ?

L’exposition rend hommage à dix-huit sculptrices et figures allégoriques, parmi lesquelles Camille Claudel, Hélène Bertaux, Jane Poupelet, Käthe Kollwitz, Nancy Elizabeth Prophet et Selma Hortense Burke. Certaines sont aujourd’hui reconnues, tandis que d’autres restent largement méconnues du public.


Quelle est la particularité des sculptures présentées par Prune Nourry ?

Les portraits sculptés se distinguent par leurs dimensions, pouvant atteindre 3,50 mètres, et par leurs yeux en marbre blanc aux pupilles noires. Certains visages apparaissent en creux, une manière d’évoquer l’absence et l’effacement de ces artistes dans la mémoire collective.


L’exposition « Visionnaires » au Petit Palais est-elle gratuite ?

Oui, l’exposition « Visionnaires – Carte blanche à Prune Nourry » est gratuite. Les visiteurs peuvent découvrir les créations monumentales de l’artiste et leur dialogue avec les collections du Petit Palais, à Paris, jusqu’au 24 janvier 2027