La rentrée des galeries parisiennes 2026 s’ouvre avec une programmation qui mêle grandes figures de l’art contemporain, nouvelles générations et réflexion sur le rôle même des galeries. De David Zwirner et l’héritage d’Yvon Lambert à Annette Messager chez Marian Goodman, Jennifer Guidi chez Gagosian, Pierre Bellot chez Art : Concept, Emma Prempeh chez Perrotin et Clément Cogitore chez Nathalie Obadia, ART MAG a sélectionné six expositions qui donnent le ton de la saison artistique à Paris.
Septembre est un mois particulier dans le calendrier de l’art contemporain à Paris.
Après la pause estivale, les galeries rouvrent leurs portes, dévoilent leurs nouvelles expositions et réactivent leurs relations avec artistes, collectionneurs, institutions et professionnels du marché de l’art.
Cette rentrée intervient surtout quelques semaines avant l’accélération du calendrier international et Art Basel Paris, qui replacera la capitale au centre du marché de l’art en octobre.
Mais avant les foires et leurs centaines d’exposants, septembre offre une autre manière d’observer la scène artistique : entrer dans les galeries et regarder les choix qu’elles font pour ouvrir leur saison.
Ces choix ne sont jamais totalement anodins.
Ils révèlent les artistes qu’une galerie souhaite défendre, les nouvelles orientations qu’elle entend prendre et, parfois, la manière dont elle relit sa propre histoire.
Voici six expositions à découvrir dans les galeries parisiennes en septembre 2026, mais surtout six manières de comprendre ce qui anime aujourd’hui la scène artistique parisienne.

FNAC 2013-0158, Collection du Centre national des arts plastiques © Nan Goldin / Cnap
David Zwirner et Yvon Lambert : quand les galeries participent à l’histoire de l’art
C’est probablement l’une des expositions les plus symboliques de cette rentrée des galeries parisiennes 2026.
À partir du 8 septembre, David Zwirner présente au 108 rue Vieille-du-Temple Au 108 rue Vieille du Temple: A Shared Legacy with Galerie Yvon Lambert.
L’adresse constitue à elle seule une partie de l’histoire.
En septembre 1986, Yvon Lambert y installait sa galerie. Quarante ans plus tard, l’exposition revient sur cet héritage et sur les correspondances entre les programmes développés par Yvon Lambert et David Zwirner.
Plusieurs artistes majeurs ayant traversé l’histoire de l’art contemporain y sont réunis, parmi lesquels Jean-Michel Basquiat, Christian Boltanski, Nan Goldin, Anselm Kiefer, Barbara Kruger, Bruce Nauman, Richard Serra ou Cy Twombly.
Mais l’intérêt de l’exposition dépasse la réunion de grands noms.
Elle pose une question essentielle :
quel rôle une galerie joue-t-elle dans la construction de la carrière d’un artiste et, à terme, dans l’écriture de l’histoire de l’art ?
Une galerie ne se contente pas de vendre des œuvres. Elle choisit des artistes, accompagne leur travail, organise des expositions, crée des relations avec les collectionneurs, les critiques et les institutions et contribue progressivement à leur reconnaissance.
Certaines de ces relations se construisent pendant plusieurs décennies.
À travers l’histoire d’une adresse du Marais, l’exposition permet ainsi de regarder l’art contemporain depuis un autre point de vue : celui des galeristes qui choisissent parfois de défendre un artiste bien avant sa consécration.
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Annette Messager chez Marian Goodman : l’intime comme territoire de création
Avec Histoires des oreillers, présentée jusqu’au 26 septembre 2026, la Galerie Marian Goodman réunit une sélection d’œuvres historiques et emblématiques d’Annette Messager, dont certaines rarement montrées au public. De 1972 à aujourd’hui, elles font apparaître plusieurs fils conducteurs de son travail : l’intime, le corps, les mots, l’imaginaire amoureux et les représentations du féminin.
L’artiste détourne les objets et les gestes les plus familiers pour en révéler les ambiguïtés. Dans Histoire des oreillers III (1995-2026), l’oreiller quitte l’espace domestique pour évoquer le sommeil, les confidences et la présence d’un corps absent. Dans Les Amoureux (2016), deux couples enlacés suspendus à un crochet de boucher font basculer l’étreinte amoureuse vers une image plus trouble, entre attachement, fragilité et enfermement.
Cette dimension intime n’exclut jamais le regard critique. Dès Les Qualificatifs donnés aux femmes (1972), Annette Messager utilise la broderie pour mettre en évidence les stéréotypes associés aux femmes ; près de quarante ans plus tard, Just Married (2011) confronte avec ironie le voile de mariée à un simple balai. Objets, mots et matériaux deviennent ainsi les instruments d’une réflexion sur les rôles assignés, le désir et les rapports entre féminin et masculin.
La présentation prend enfin une résonance particulière avec l’exposition Une Hirondelle ne fait pas le printemps, visible simultanément au Musée de la Chasse et de la Nature jusqu’au 20 septembre, où plus de 80 œuvres dialoguent avec les collections du musée. Là où cette exposition explore notamment l’animalité, Marian Goodman privilégie les récits amoureux et les confidences intimes : deux regards complémentaires sur une œuvre qui, depuis plus de cinquante ans, transforme le quotidien pour mieux interroger nos représentations.
À voir : Annette Messager, Histoires des oreillers, Galerie Marian Goodman, 79 rue du Temple, Paris 3e, jusqu’au 26 septembre 2026.

Photo: Thomas Lannes Courtesy Gagosian
Jennifer Guidi chez Gagosian : le paysage devient une expérience intérieure
Avec Waterfall, présentée chez Gagosian Paris du 3 septembre au 10 octobre 2026, Jennifer Guidi poursuit ses recherches autour de la peinture, de la nature, de la lumière et de la perception.
Dans ses nouvelles œuvres, l’artiste américaine associe notamment huile et sable sur toile.
Cascades, montagnes, océans, soleil et lune nourrissent son vocabulaire sans conduire à une représentation traditionnelle du paysage.
La nature devient plutôt le point de départ d’une expérience picturale.
La matière joue ici un rôle essentiel. Les surfaces texturées modifient la manière dont la lumière rencontre la toile tandis que la répétition des formes produit un rythme presque méditatif.
Cette exposition témoigne d’un phénomène plus large : la capacité de la peinture contemporaine à continuer de réinventer le paysage, alors même que notre rapport aux images est désormais largement dominé par les écrans et la photographie numérique.
Chez Jennifer Guidi, regarder un paysage ne signifie donc plus nécessairement reconnaître un lieu.
Il s’agit davantage d’en éprouver la lumière, le rythme et la sensation.
À voir : Jennifer Guidi, Waterfall, Gagosian, Paris, du 3 septembre au 10 octobre 2026.
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Pierre Bellot chez Art : Concept : quand l’image apparaît après la peinture
Avec Vallée FM, Pierre Bellot adopte une démarche presque inverse de celle qui consiste à partir d’une image pour construire un tableau.
Présentée chez Art : Concept à Paris en septembre 2026, l’exposition montre un travail dans lequel l’artiste cherche à évacuer le sujet comme point de départ.
Couleurs, surfaces, superpositions, accidents et repentirs construisent progressivement la peinture.
Certaines toiles sont réalisées sur des peintures antérieures dont les traces peuvent continuer d’apparaître sous les nouvelles couches.
Ce n’est qu’au cours du processus que peuvent émerger des formes évoquant des paysages, des territoires, des architectures ou des cartes imaginaires.
L’image n’est alors plus nécessairement à l’origine de la peinture.
Elle en devient la conséquence.
Cette approche prend une résonance particulière aujourd’hui.
À une époque où nous sommes confrontés quotidiennement à une quantité considérable d’images, et où les technologies génératives permettent désormais d’en produire instantanément, la peinture peut encore choisir un chemin inverse : ne pas reproduire une image existante, mais laisser l’image apparaître lentement à travers la matière et le geste.
À voir : Pierre Bellot, Vallée FM, Art : Concept, Paris, septembre 2026.
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Vue de l’exposition d’Emma Prempeh – The Domain of a stranger
©Photos Claire Dorn / Courtesy of the artist & Perrotin
Emma Prempeh chez Perrotin : une nouvelle étape dans une trajectoire internationale
La rentrée parisienne est également un moment privilégié pour observer les artistes dont la carrière franchit une nouvelle étape.
À partir du 5 septembre, Perrotin présente à Paris une exposition personnelle d’Emma Prempeh.
L’artiste britannique développe une pratique picturale dans laquelle mémoire, identité, temporalité et représentation occupent une place centrale.
Son travail interroge notamment la manière dont les images apparaissent, disparaissent ou survivent dans nos mémoires individuelles et collectives.
Cette exposition parisienne mérite une attention particulière parce qu’elle intervient dans une trajectoire déjà remarquée à l’international, mais qui continue de se construire.
Elle illustre également l’un des rôles fondamentaux d’une galerie : accompagner le passage d’un artiste d’une scène à une autre et lui permettre de rencontrer de nouveaux publics et collectionneurs.
Pour observer les transformations du marché de l’art, il est parfois plus révélateur de regarder ces moments de bascule que les artistes dont la reconnaissance est déjà totalement établie.
À voir : Emma Prempeh, exposition personnelle, Perrotin, Paris, à partir du 5 septembre 2026.

Clément Cogitore chez Nathalie Obadia : l’image au-delà de ses frontières
La rentrée permet enfin de retrouver Clément Cogitore chez Nathalie Obadia.
Artiste et cinéaste français, Clément Cogitore développe depuis plusieurs années un travail à la frontière du cinéma, de la photographie, de la vidéo et de l’art contemporain.
Ses œuvres interrogent notamment les images, les récits collectifs, les croyances et les mécanismes par lesquels une représentation acquiert une signification.
Sa présence dans cette sélection est importante parce qu’elle élargit volontairement le regard au-delà de la peinture et de la sculpture.
L’art contemporain ne se définit plus seulement par un médium, mais par la capacité des artistes à circuler entre plusieurs langages.
Le parcours de Clément Cogitore en constitue une illustration particulièrement intéressante : son travail peut être montré dans une galerie, un musée, un centre d’art ou un contexte cinématographique sans perdre sa cohérence.
Cette porosité entre les disciplines est devenue l’une des caractéristiques fortes de la création contemporaine.
À voir : Clément Cogitore, Galerie Nathalie Obadia, Paris, à partir du 5 septembre 2026.
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Que révèle la rentrée des galeries parisiennes 2026 ?
Rapprocher ces six expositions permet de faire apparaître plusieurs tendances.
La première concerne la coexistence des générations.
Une artiste majeure comme Annette Messager dialogue, dans le paysage parisien, avec des artistes dont la reconnaissance internationale continue de progresser, comme Emma Prempeh, tandis que Jennifer Guidi, Pierre Bellot ou Clément Cogitore développent des approches très différentes de l’image et de la représentation.
La deuxième concerne le rôle des galeries elles-mêmes.
L’exposition David Zwirner/Yvon Lambert rappelle que leur influence dépasse largement la vente d’œuvres. Une galerie accompagne des artistes, construit des expositions, crée des archives et participe à la formation d’une mémoire artistique.
Enfin, cette rentrée confirme l’internationalisation de Paris.
La présence de grandes galeries internationales, la circulation des artistes entre plusieurs pays et la proximité d’Art Basel Paris contribuent à replacer la capitale dans un réseau artistique et économique beaucoup plus vaste.
Pourquoi Paris attire-t-elle toujours davantage le marché de l’art ?
La dynamique des galeries s’inscrit dans un contexte plus général de progression du marché français de l’art.
En 2025, la France représentait environ 8 % du marché mondial de l’art, avec 4,5 milliards de dollars de ventes, soit une progression de 9 % sur un an.
Elle conserve ainsi sa position de premier marché de l’art au sein de l’Union européenne.
Cette évolution ne signifie pas que Paris ait remplacé Londres comme première place européenne en valeur de ventes. Elle montre en revanche que la capitale française occupe désormais une position particulièrement forte dans l’écosystème européen.
Galeries internationales, maisons de ventes, musées, fondations, foires et collectionneurs contribuent ensemble à cette dynamique.
La rentrée de septembre en constitue l’une des manifestations les plus visibles.
Avant Art Basel Paris, retrouver le temps des galeries
Dans quelques semaines, le marché accélérera.
Art Basel Paris réunira à nouveau galeries, collectionneurs, institutions et professionnels internationaux et concentrera pendant quelques jours une grande partie de l’attention médiatique.
Mais septembre offre une expérience différente.
Une foire rassemble un grand nombre de galeries et d’œuvres dans un espace limité. Le regard passe rapidement d’un stand à l’autre et les œuvres entrent immédiatement dans un environnement de comparaison.
Dans une galerie, l’exposition peut au contraire se déployer dans le temps et l’espace.
Un artiste peut disposer de plusieurs salles. Un accrochage peut construire un récit. Une œuvre peut être regardée sans être immédiatement confrontée à des dizaines d’autres.
À l’heure où les coûts et le modèle économique des grandes foires interrogent une partie du secteur, cette distinction mérite d’être rappelée.
La galerie demeure l’un des lieux fondamentaux où se construit la relation entre un artiste, une œuvre et un public.
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Six expositions, six manières de regarder la rentrée parisienne
David Zwirner et Yvon Lambert permettent de regarder l’histoire des galeries.
Annette Messager interroge l’intime et la mémoire.
Jennifer Guidi réinvente le paysage par la matière.
Pierre Bellot laisse l’image émerger du processus pictural.
Emma Prempeh incarne une trajectoire internationale en mouvement.
Clément Cogitore fait circuler l’image entre cinéma et art contemporain.
Cette diversité est peut-être la meilleure manière de comprendre la rentrée des galeries parisiennes 2026.
Paris ne retrouve pas simplement son calendrier d’expositions.
La capitale réactive un écosystème dans lequel artistes, galeries, institutions, collectionneurs et marché de l’art sont constamment interdépendants.
Et avant que les grandes foires ne concentrent toute l’attention, septembre rappelle quelque chose d’essentiel : une scène artistique se construit d’abord dans les lieux qui prennent le risque de montrer les œuvres.
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FAQ — Rentrée des galeries parisiennes 2026
Parmi les expositions à suivre figurent Jennifer Guidi chez Gagosian, Annette Messager chez Marian Goodman, Pierre Bellot chez Art : Concept, Emma Prempeh chez Perrotin et Clément Cogitore chez Nathalie Obadia, ainsi que l’exposition consacrée à l’héritage d’Yvon Lambert présentée par David Zwirner.
La rentrée artistique parisienne débute dès les premiers jours de septembre 2026, avec de nombreux vernissages et ouvertures d’expositions dans le Marais, à Saint-Germain-des-Prés et dans plusieurs quartiers de Paris.
Le Marais demeure l’un des principaux quartiers de galeries à Paris, notamment autour des rues Vieille-du-Temple, du Temple et de Turenne. D’autres pôles importants se trouvent à Saint-Germain-des-Prés, dans le 8e arrondissement et dans plusieurs quartiers de l’Est parisien.
Septembre marque la reprise de la saison artistique après l’été. Les galeries y présentent leurs nouvelles expositions et renouent avec les collectionneurs et les professionnels avant l’accélération du calendrier des foires internationales.
Oui. La France est aujourd’hui le premier marché de l’art de l’Union européenne et Paris concentre un réseau important de galeries, maisons de ventes, musées, fondations et foires internationales. La capitale joue ainsi un rôle majeur dans la circulation des artistes et des œuvres en Europe.